Entrelacs. Tentative de réflexion sur l'habitude vestimentaire du voile
 par Hawa Djabali
 

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Il y a, actuellement, en Belgique et ailleurs en Europe, un "problème" parce qu'une certaine façon de porter un foulard sur la tête à l'école s'avère porte-drapeau d'une idéologie qu'on qualifie d'intégrisme musulman, alors que la plupart des personnes qui l'affichent nient toute appartenance à ce mouvement. Mais savent-elles ce qu'on entend par intégrisme ? Elles et ceux qui les critiquent ont-ils vraiment réfléchi aux motivations de ce carré de tissu noué ?
La présente réflexion mériterait d'être développée dans une étude qui prendrait facilement le volume d'un livre. La bibliographie qui supporte les propositions qui suivent est si volumineuse que nous nous contenterons de ne l'indiquer que pour les citations utilisées, les plus directes. Nous avons conscience que livrer en quelques pages de si longues observations sur la question peut paraître un peu vertigineux. Considérons donc que nous plantons ici le rejeton d'un olivier qui devra être greffé et soigné. Il faut, en ce sens, accepter, pour cause de contraintes de temps et de manque d'espace éditorial, que nous soyons modestes.

 
Un des objets-"icônes" (en tous cas considéré comme tel par beaucoup) du fondamentalisme musulman et qui cristallise beaucoup de débats et de discussions est l'entrelacs des fils. Le débat, pour ne pas dire le combat, se fait sur la tête des femmes qui se retrouvent, comme à l'accoutumée, dans la position de "l'enjeu" ; à ceci près qu'elles plongent aussi, de part et d'autre, dans cette querelle qui les concernent au premier chef.
 
La tradition du voile est brisée : un "foulard" se veut réactiver cette façon de vivre qui n'a pu survivre. Ainsi qu'on le découvrira dans le corps de cet article, il est à remarquer que le langage courant, en Occident, confond le voile et le foulard qui l'abolit. Et ce "foulard" est empreint, sans le savoir, à la fois des revendications laïques et sociales de l'histoire occidentale(1), et de l'influence chrétienne dans ses tourments intégristes les plus graves. Manipulé de très loin souvent (depuis les USA dans bien des cas connus), de façon totalement cachée, récupéré par des pouvoirs nationaux de pays mal développés qui ont besoin "du diable" pour effrayer les populations et leur venir en défenseurs(2), le "hijab" (le foulard), en son sens pseudo-politique, est bien loin de ce que croient les femmes qui l'adoptent pensant bien faire.
Le geste adolescent des jeunes filles qui réclament le droit, à l'école, de se "couvrir", peut être simplement vu comme la révolte, en Europe, contre une société qui parle constamment d'intégration tout en commettant des actes continuels d'exclusion contre les "gens venus d'ailleurs", en appliquant dans les faits (et non pas dans les lois) des attitudes de ségrégation ou de paternalisme. En même temps, le phénomène a envahi des pays qui avaient renoncé en partie, en théorie, en juridiction, au voilage des femmes, comme par exemple l'Algérie, l'Irak, l'Egypte, etc.
Ce n'est pas le fait de mettre un foulard sur sa tête qui pose problème, c'est de ne pas pouvoir l'enlever.
Cette "sacralité" donnée à un morceau d'étoffe gêne les progressistes des pays en voie de "re-voilage" et les Occidentaux parce qu'elle remet en question un enjeu essentiel du principe démocratique moderne : l'égalité entre les hommes et les femmes. Or, les hommes du sud de la Méditerranée et du Moyen-Orient qui étaient aussi bien "voilés", c'est-à-dire recouverts, sans tabou sur le visage, bien que dissimulant traditionnellement la bouche au moment de parler, se sont affranchis, dans une large majorité, de la coutume du châle ou du turban sans avoir l'impression d'avoir offensé la religion. Dans certains lieux, une simple chéchia, ou kippa ou béret ou chapeau, calot, ont assuré la transition sans remous. Pourquoi les cheveux et les cous des femmes prennent-ils cette importance ? Aurait-on flairé la force "incontrôlable" que représente le potentiel féminin arabe ? Car si une majorité de religieux encouragent directement la culpabilisation et la soumission féminines, les pouvoirs nationaux, plus sournoisement, y participent grandement : voir la situation actuelle des codes de la famille dans les pays du Monde arabe… Oui, une partie de la société ressent ce petit foulard comme un contrôle pour contraindre la gent féminine et proteste à ce titre. Contrôle exercé dans la cellule familiale, elle-même contrôlée par le pouvoir national, pouvoir contrôlé par les pays riches, pays riches inféodés aux grandes fortunes qui décident actuellement du sort de la planète. Tout ça dans un morceau d'étoffe ?!
  
Le traumatisme de la perte, l'angoisse du repère égaré
 
Le terme "intégrisme" est apparu la première fois à la fin du XIXe siècle comme nom d'un parti politique espagnol dont voici partie du texte fondateur : "Nous voulons l'unité catholique avec ses conséquences et qu'aucun crime ne soit abominé et plus rigoureusement puni que l'hérésie, l'apostasie, les attaques contre la religion, la rébellion contre Dieu et son Eglise. (…) Nous tenons pour abominables la liberté de conscience, la liberté de pensée, la liberté des cultes et toutes les libertés de perdition...".
Les "fondamentalismes" sont pratiquement dans la même mouvance, version anglo-saxonne : le nom vient de la lutte menée par les protestants américains dans les années 20 du siècle passé qui se réclamaient des "articles fondamentaux de la foi", dont la vérité absolue, inaltérée, non historique de la Bible(3).
Depuis, l'utilisation de ces termes a été étendue : en particulier, on pourrait dire que l'on parle d'intégrisme lorsqu'il s'agit de "réinventer" une tradition perdue, brisée ou importée, à des fins de revendication de pouvoir ou de biens. Il s'agit de la "crispation" du mythe d'une tradition dans un contexte "qui ne permettrait plus à cette tradition de se reproduire". "Le sentiment d'une continuité immédiate et vivante avec le passé devient impossible"(4), d'où une violence récurrente pour bouleverser un monde coupable "d'oubli".
Reprenant la grille de lecture des composantes du fascisme suivant William Reich(5), on peut pareillement observer que le terreau de l'intégrisme est fait d'humiliation, de défaites collectives, d'interdictions sexuelles, de traumatismes, de peur du féminin (de la part des hommes comme des femmes), de fusion avec la mère, de sacralisations déiste et maternelle, d'idéalisation du passé, de dévalorisation de la création et du travail, d'anxiété.
On ne dira jamais assez qu'un pouvoir qui confisque totalement ou en partie le droit à la culture sous toutes ses formes (savoir, art, sciences, savoir-vivre, communication, histoire, etc.), un pouvoir qui ment, qui méprise et qui manipule, doit s'attendre à l'éclosion d'un intégrisme dans les plus brefs délais (mais non seulement ces pouvoirs s'y attendent mais ils l'utilisent, cet intégrisme, pour asseoir leurs dictatures et manipuler les foules). On doit également redire, encore et encore, que lorsqu'une fraction de peuple en exil, par conséquence historique, se retrouve, allochtone, privée de son geste culturel pour raison de fragilité des supports de cette culture qui n'ont pas résisté au déplacement, et donc privée de communication, d'imaginaire, de production artistique, d'une image valorisante d'elle-même, l'intégrisme n'est pas loin.
La revendication identitaire et "communautariste" s'est emparée du "foulard" : qui pourra nier le désarroi culturel, la misère sexuelle, l'angoisse dans la recherche de l'identité des populations amenées en Europe ou aux USA pour "trimer" (de l'esclavage à la "main-d'œuvre étrangère") ? Seulement ceux qui ne les ont pas vécu.
Et la blessure des parents courra encore au long des générations qui suivent, et de cela nul n'en a cure.
 
Mais, tenant compte de cette lourde réalité, pourquoi cette fixation des "pour" et des "contre" sur ces pièces de tissu, et plus particulièrement celle qui recouvre les cheveux ?
 
Car, en ce qui concerne les musulmans, ils pourraient tout aussi bien se fixer sur le silence et la modestie à observer devant les hommes puisque "la voix féminine peut créer un trouble et engendrer le cycle de la fornication", "qu'une femme ne doit jamais parler mais se contenter, pour signifier à un étranger qu'elle l'écoute, de frapper dans ses mains"(6), "si on frappe à la porte, la femme ne doit pas répondre d'une voix mélodieuse, mais rude, en mettant le dos de sa main devant sa bouche"(7), "la femme doit prendre garde à ce qu'un étranger n'entende sa voix"(8). Or ce n'est pas le cas, les femmes musulmanes répondent au téléphone et les jeunes "militantes du foulard", pour réclamer le droit de se dissimuler, parlent en public, s'exposent à la télévision, hurlent si nécessaire dans les manifestations publiques, plaisantent avec leurs camarades de classe quand leur insolence ne leur fait pas prendre leurs professeurs masculins à partie, et, en aucun cas, n'acceptent de se taire. Elles auraient pu choisir de rester chez elles… La Sunna les autorise à sortir "en cas de besoin". Un des "dits" du Prophète Mohamed dirait : "… si elle sort de chez elle, le démon l'accompagne. Si elle tient à rester proche de Dieu, elle n'a qu'à rester au fond de sa demeure"(9). Non, la guerre concerne le tissage et rien d'autre, on ne réclame pas le droit aux esclaves, on ne remet pas le système bancaire en question (sinon théoriquement), on ne s'en prend ni à la photographie, ni à la télévision, ni aux aliments génétiquement modifiés, ni à l'ordre économique qui instaure la pauvreté et la déchéance, ni aux drogues qu'on fume, ni à la perte de toute dignité, on ne s'en prend même pas à la saleté qui est devenue chronique et fléau des pays, ou des quartiers en Occident, musulmans… On aurait pu s'inquiéter de tout ça, s'appuyer sur les textes saints, on ne le fait pas, on revient inlassablement au tissu. Pourquoi ?
 
Cela vaut la curiosité et la curiosité va nous emmener loin, très loin.
 
La divinisation du tissage
 
Au temps où l'angoisse la plus forte était de voir l'espèce s'éteindre, ou, tout simplement, le groupe, soumis à tant de dangers que le premier humain ne survécut que dans un héroïsme de tous les instants, le culte montre des statuettes de femmes nues, grosses pour éviter les problèmes de la famine, enceintes, le sexe largement souligné, la poitrine hors de proportions. Par contre, postérieurement, au temps où la peur de retourner à l'état animal va s'insinuer dans les consciences et exiger des marques de différenciation, le tissage va devenir "sacré". Mais le voile aura une autre fonction, inattendue : dissimuler les symptômes de l'interrogation métaphysique, cette pensée qui trouble si profondément l'humain.
Qu'on se souvienne que Moïse ne pouvait pas regarder Dieu et que lorsqu'il redescendit de la montagne, il était "tellement lumineux qu'il dut se voiler pour ne pas gêner les gens". Que revienne l'image du voile du temple d'El Qouts (Jérusalem), se déchirant au dernier souffle du prophète Jésus. Qu'on se remémore le Prophète Mohamed se couvrant de son manteau au moment où il se sentait récepteur d'un nouveau code. Qu'on pense aux prêtres officiants ou aux gens qui dirigent la prière, dans des religions différentes : la tête est recouverte. Les femmes musulmanes, mêmes seules, se couvrent soigneusement pour prier.
 
Dans la collecte des récits de la Bible, nourris des mythes mésopotamiens de la fin du néolithique et de la plus haute antiquité, Adam et Eve sont nus au Paradis et s'habillent lorsqu'ils en sont chassés. Quelques siècles plus tard, dans le Coran, les mentalités ont changé, on a perdu ou détourné le paradigme "paradis-inconscience-animalité", Adam et Eve sont habillés au Paradis, et c'est le diable qui les dépouille de leurs vêtements au moment d'en sortir(10).
Que s'est-il passé ? C'est qu'Adam et Eve, déjà, ont une "humanité historique", les vieux mythes, les initiations que la science actuelle sera en mesure de nous restituer, se sont éloignés faute de notation. Reste la légende : pour Adam et Eve, il s'agit d'êtres "existant déjà" (dans d'autres écritures) qu'une faute oubliée (la cassure d'avec l'animalité) met en péril (parce qu'enfouie dans l'inconscient) et risque de renvoyer dans le monde "naturel", la vie terrestre naturelle : d'où l'importance de la récitation pour mémoire, de l'écriture qui recueille, du sens d'enregistrer un message, le Coran, et de se "voiler", de se rhabiller au plus vite, en cachant le sommet du crâne par lequel on "atterrit" dans la vie. Le couloir de la malédiction divine (de la Faute, détournée vers Dieu) étant le couloir du vagin des mères qui reste, de fait, le lieu du mystère. Ce que les hommes ne pardonnent peut-être pas aux femmes, c'est de les avoir enfantés et d'être ainsi témoins d'un mystère entaché de procréation animale. Ils les cachent, les voilent autant que possible, désirent que leurs épouses soient "vierges", c'est-à-dire sans expérience de témoignage qui les renvoie à ce qu'ils ne veulent plus imaginer : le trou par lequel ils sont arrivés. En même temps, ils les souhaitent physiquement aussi désirables (animales ?) que possible… "Freud, qui n'est pas le seul sexiste ni le seul phallocrate, convenait que l'homme hait la femme parce qu'il considère qu'elle incarne le mal…"(11).
Mais la sacralité ne saurait se résumer à cet inconfort masculin, car les femmes y participent autant que les hommes ; il y a une vision du monde, de la vie et de la mort dont nous ne sommes peut-être pas trop conscients : "Le port du voile par les femmes a un caractère symbolique. En effet, la femme ne montrera son visage qu'à son époux, à ses parents, à ses enfants ; tout comme Allah ne montrera sa Face qu'aux croyants qui auront mérité le Paradis le Jour du jugement dernier lorsqu'il ordonnera à "Qouroub" l'Ange chargé du protocole au Paradis, de déplacer le voile qui le sépare de ses fidèles. Il y a là, par comparaison, une curieuse identification de la femme musulmane à Dieu (domaine du caché, du mystère, du sacré) qui rend plus complexes les images et leur interaction. L'Arabo-musulman, dans sa peur de l'autre, souhaite, consciemment ou non, que son épouse ressemble à Dieu sur le plan de la pureté. Pureté que l'on ne peut acquérir que si l'on se cache des regards inquisiteurs. Y a-t-il honneur plus grand que celui de ressembler à Dieu ? Cette pureté, que l'on peut traduire par chasteté, servira à préserver l'honneur de l'époux et de toute la famille"(12).
 
Les qualités apparentes et cachées du voile, le message du tissu
 
L'Homme se définit en tant qu'Homme par sa production et se justifie par elle. Le signe, la parole, précèdent légèrement dans le temps, la venue de l'écriture et de l'habillement. Il aura fallu attendre le pastorat, puis l'agriculture, pour obtenir l'invention du fil puis du tissage. Et cela est typiquement humain. Le temps est fini des peaux prises aux animaux, ou, si on les utilise encore, on les coud. Le temps est passé des feuilles et fibres grossières dont on se ficelait les partie sensibles : le tissu, comme l'écriture, est absolument humain.
 
Les choses mettent un certain temps (quelques milliers d'années) à faire surface. Au début, la première conscience a été la sujétion aux lois naturelles. L'homme s'étonne de la Vie, il constate que c'est la femelle qui fait le petit et que le petit grandit. Les femmes, qui ne font pas les plus violents travaux pour ne pas trop gêner la reproduction, ont la possibilité de l'observation et prennent en main la vie intellectuelle, spirituelle, artistico-symbolique du groupe. Tout le monde reconnaît la force vitale qui fait naître et mourir, qui apporte plaisir, soulagement et maladie, mort, douleur. Le signe, la parole, précèdent légèrement dans le temps, la venue de l'écriture et de l'habillement. Mais déjà, l'homme sait qu'il est différent de ses proies. Tout part de là : la peau animale protégeait mais ne "différenciait pas", la parure végétale n'était pas décisive, c'était toujours de l'ordre de l'emprunt d'éléments naturels disponibles ; le fil, lui, arrive avec l'agriculture, le végétal dominé, le troupeau domestique organisé. La laine, le chanvre, le lin, le coton et la soie, la fibre travaillée joueront un rôle similaire à celui joué par la moelle de la tige de lotus, trempée et aplatie, tressée, écrasée sous l'étau, pour devenir support du signe. En mesure de protéger du froid et de la brûlure solaire, élaboré longuement, issu de fines techniques, résistant, lavable, le tissu devient d'évidence, comme l'écriture, la marque d'une humanité affirmée qui pourtant, ne craint encore rien tant qu'un retour à l'animalité.
 
Le tissage, le vêtement, voile libre ou cousu, devient le signe explicite de l'avènement d'une conscience humaine. En d'autres mots, sortant de l'innocence, avec le vêtement, l'homme sort du Paradis, de l'inconscience animale. Il s'agit d'une promotion, d'un changement qui fait très peur, d'un traumatisme qui va engendrer une culpabilité énorme : quelque chose comme sortir de la fatalité, une immense révolution. Tout en s'en faisant un devoir, l'humain va avoir l'impression de transgresser un interdit lorsqu'il va vouloir consciemment imposer sa volonté à son environnement : naissent alors les dieux masculins qui vont détrôner la grande déesse, la Vie, toute puissante, séduisante, désespérante. Le grand conflit est juste là : l'Homme, porteur de la culpabilité de la désobéissance apparente à l'ordre naturel, va inventer un Dieu pour assumer cette faute et se faire punir à titre préventif. Au temps des grands mythes sumériens (comme dans la Bible qui les reprendra plus tard), la nudité s'apparente à l'inconscience, au Paradis : avant d'être des hommes nous étions des animaux nus, avant de naître, le petit d'homme est nu. "Il est, le Paradis, comme le ventre des mères, on en sort toujours, on n'y entre jamais"(13). Entre l'histoire collective et l'histoire personnelle de chaque homme, un glissement s'opère qui garde pour marque, pour passage initiatique, l'introduction à la conscience d'être par la domination du temps (passé, présent, avenir) la définition des personnes (pronoms personnels), des objets comme sujets et compléments, et, peu après, l'abolition de la nudité, le passage du cru au cuit, le calcul.
Nous voici arrivés au voile, qui sera masculin et féminin, réquisitionné par les hommes pour le rite, la prière et le pouvoir : les investitures ne pourront plus se passer de lui. De plus, il a une qualité importante : il occulte, dérobe à la vue ce qu'on ne saurait voir, sans avoir besoin de mur, de rochers, de meurtre. Le voile et le rideau peuvent cacher les signes de l'animalité sans que l'on ait besoin de détruire. En quelque sorte, dans la grande dépression qui guette nos pas entre le néolithique et la haute antiquité, pour cause de haute culpabilité d'humanisation, nous pourrions avancer que le tissu nous sauve d'un suicide : il peut faire disparaître sans murer, supprimer sans anéantir. Et que faut-il faire disparaître sinon ces traces mammifères, cette vie de paradis infernale où la peur n'était pas encore angoisse mais où nous ne voulons pas retourner ! Que va-t-on cacher de ce passé trop proche ? L'observation de la statuaire et des documents antiques répond assez bien à cette question, ainsi que les premières consignes religieuses du monde patriarcal (le moment de la révolte contre la Déesse, la loi naturelle). La représentation d'un animal vêtu indique un dieu. Mais dans la représentation anthropomorphe, que va-t-on cacher ? Le sexe féminin qui rend honteux parce que nécessaire à l'enfantement qui, lui, ne change pas d'avec la mise bas animale. La copulation qui ne change pas non plus, elle aussi rappelle de mauvais souvenirs. La croupe, masculine et féminine, parce que mal différenciée du sexe, écrin de l'anus qui excite toujours la convoitise, symbole du coït animal, du retour possible aux relations avec l'animal (se souvenir que Moïse doit lutter contre la zoophilie), l'anus qui marque l'humiliation entre mâles, comme le font les félins pour lesquels le coït entre mâles est signe de la domination de l'agresseur, voie de l'excrément qui fixe lui aussi la similitude avec l'animal(14). La bouche, le grand mystère, le seuil de la survie, de l'alimentation, du lien à la mère, le lieu magique de la parole, parfois dissimulée en tant que signe de soumission à la nature, parfois exhibée comme lien (chant parole) avec les dieux. La chevelure qui rappelle trop crinière ou pelage et plus que cela, car elle "est" la condition animale, la force vitale à l'état brut : "La force habitant la femme se libérait quand on défaisait ses cheveux. Ainsi, selon de vieilles croyances suédoises, les sorcières détachaient leurs cheveux lorsqu'elles se livraient à la sorcellerie"(15). Les seins féminins et la verge masculine auront un autre traitement : ils seront mis en valeur par le vêtement. La seule explication possible actuellement, c'est que leur position sur le corps vertical est le signe clair de l'humain. Aucune bête ne dresse fièrement sa poitrine, ses mamelles, à angle droit ; le phallus quant à lui, d'une taille proportionnellement étonnante, arbore une position impossible dans le règne animal ; on le protège, on le souligne, on ne le dérobe pas aux regards ; mis en valeur, bandé, agrandi dans certaines représentations, les mâles humains se réjouissent toujours beaucoup de son incroyable position lorsque le désir de copuler le lève. Les yeux et les mains, qui sont différents de ceux des animaux, seront rarement dissimulés ; de plus, ils sont indispensables dans la vie courante, même pour quelqu'un qui se fait servir !
 
Plus tard, avec le début de la propriété privée, de la notion d'héritage, de l'enfermement des femelles pour tri et sélection de la caste, suivant de nouveaux critères qui ne sont plus uniquement physiques mais tiennent de la richesse et du pouvoir, le tissu dissimulera heureusement les signes du désir, soustrayant le mâle en rut à la férocité des autres mâles dominants qui gardent jalousement les femelles, et ce partage des femelles se fera, en quelque sorte, "sous le voile", sans être obligé de se battre, et peut-être de tuer à chaque signe douteux de désir d'un rival. Ce qu'il faut bien saisir, c'est que la dissimulation des parties "honteuses", c'est-à-dire "animales" du corps est un processus anciennement magique, qui, les faisant disparaître à la vue, les nie. Le corps féminin lui aussi sera nié dans l'espace public, poitrine y compris, dans les temps qui suivront.
Pourtant, et ce sera notre contradiction permanente, nous adorons en secret la Vie, la force, l'énergie à l'état naturel, et ces parties de notre animalité sont les signes optimistes de la procréation, de la continuation de l'espèce et font donc l'objet d'un "mystère" parce que nous ne sommes pas maîtres du destin de l'espèce. L'exaltation de la force vitale s'entrelace donc à la négation nécessaire de notre animalité alors même que la coupure d'avec cette animalité manque encore d'évidence et met l'Homme mal à l'aise. Le tissu qui assumera cette fonction double, trouble, de souligner, d'exalter, de sacraliser et de dissimuler, de nier dans le même temps, prendra le nom de voile.
 
Monde arabe : qui nous a voilées ?
 
La coutume vient de l'Asie. Dans le désir angoissé d'avoir une progéniture sans hésitation de filiation paternelle, pour s'assurer de passer le droit au pouvoir et à la fortune, physiquement, à leurs "vrais" enfants, les Indiens nobles dans l'Inde ancienne enfermaient carrément les princesses déjà à quatre mille ans de nous. Les Européens antiques avaient copié les mœurs asiatiques. Les Moyen-orientaux, de leur côté, reçurent l'influence par la Perse. Au XIXe siècle av. J.-C., on trouve la Rébecca de la Bible, future belle-fille d'Abraham, déjà voilée, ajustant son voile pour rencontrer son fiancé, comme usant d'une coutume "naturelle" pour l'époque. La Grèce, qui en certaines époques touchait presque à l'Asie, avait pris la coutume et l'appliquait "démocratiquement" à toutes les épouses légales des hommes libres : la société grecque, comme cela s'est fait dans d'autres domaines, a essayé de prendre et de répandre ce qui appartenait à l'aristocratie indienne : dans ce cas-ci, la sélection puis le voilage par souci de contrôle des femmes, mères de la progéniture. La première mention "juridique" du voile se trouve pourtant dans les tablettes assyriennes du roi Téglatphalazar Ier, (1115-1077 av. J.-C.) : "les femmes mariées n'auront pas la tête découverte". Le tyran exige que les servantes du temple qui n'ont pas de maris portent aussi le voile.
La Grèce classique, celle de l'époque d'Hérodote, c'est-à-dire vers le Ve siècle avant J.-C., voilait les femmes strictement, jusqu'aux chevilles et jusqu'aux yeux. Les Athéniennes ne pouvaient se dévoiler qu'au cours de certaines cérémonies religieuses. Un géographe grec qui a vécu il y a vingt-quatre siècles relate l'aspect des femmes dans une cité grecque : "Le voile qui recouvre la tête des femmes est tel que la face est voilée tout entière. Les yeux seuls apparaissent. Le reste de la figure est masqué par cette pièce de vêtement qu'elles ont toutes de couleur blanche". Au IIe siècle av. J.-C., les Romains indiquent qu'une épouse digne de ce nom devait éviter de "regarder par une fenêtre, sortir de la maison à l'insu de son mari, se montrer en public dévoilée, le visage découvert, sortir au bain sans autorisation, manger en public". Au moment des guerres puniques les romaines étaient enfermées et voilées. Le voile apparaît dans la deuxième Carthage, fondée par les Romains. Avec l'occidentalisation du christianisme, au Ier siècle après J.-C., saint Paul(16) va être bien précis : "La femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion, si donc une femme ne met pas de voile, alors, qu'elle se coupe les cheveux ! Mais si c'est une honte pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou tondus, qu'elle se mette un voile". Le nord de l'Afrique connaîtra le voile par les Romains chrétiens. L'Egypte fut l'une des premières zones touchées par le voile lors de la conquête par les Grecs. On fit admettre le port du voile à l'aristocratie égyptienne aux alentours du IIIe siècle de notre ère. Treize siècles plus tard, Léon l'Africain note qu'au Caire "par-dessus une robe à manches étroites les femmes s'enveloppent d'un voile en tissu de coton très fin et très lisse importé d'Inde ; devant le visage elles se mettent une voilette en étoffe très fine, mais un peu rêche ; on la dirait faite avec des cheveux. Grâce à cette voilette, les femmes peuvent voir les hommes sans être reconnues d'eux"(17). Le voile monte jusqu'en Afrique. A Byzance, devenue romaine, au IVe siècle, les femmes sont strictement cloîtrées. Lorsqu'elles peuvent sortir, elles portent le "prosopidion" sur le visage et sont entièrement voilées.
 
Depuis l'antiquité carthaginoise, on sait que le voile berbère masculin existe, le "tagelmoust" qui recouvre aussi le visage jusqu'aux yeux.
Les Carthaginoises et, peu à peu, toutes les citadines du nord de l'Afrique se voileront. Saint Tertullien, évêque de Carthage (IIe siècle), ordonne aux Carthaginoises converties à la religion chrétienne de mettre "le voile sur leur corps" : c'est donc qu'elles se font encore prier pour se voiler. Il leur recommande aussi "d'enchaîner leurs pieds à la maison", de "mettre le silence sur leurs bouches", signe que la chose n'est pas évidente.
Donc, le voile est venu au Maghreb avec la pratique gréco-romaine (d'abord grecque puis romaine) du gynécée, de la tuile ronde et de quelques savoir-faire de construction. Mais le christianisme est loin de ses bases orientales, un "intégrisme" se structure, fondé sur l'éloignement de ces bases de référence et sur le martyr des chrétiens et chrétiennes ; la vie des femmes christianisées devient difficile tant les interdits sont nombreux. Au temps de saint Augustin (354-430), dans l'est de l'Algérie actuelle, l'idéal est la sainteté et les femmes citadines sont couvertes. Sur tout le pourtour chrétien de la Méditerranée, mille ans après J.-C., les femmes mariées, les vierges et les veuves de bonnes familles portent le voile(18).
Le monde oriental juif, sur lequel le christianisme et la coutume musulmane vont se fonder, voile les femmes, avec un tabou particulier sur le cheveu.
 
Les tribus arabes polythéistes, au Moyen-Orient, ont, longtemps, une autre conception du monde : les hommes se couvrent, les femmes pas. Il semble du moins qu'elles ne tirent de tissu sur elles que de façon utilitaire. Les arabes polythéistes, hormis les juifs ou les chrétiens, restent assez indifférents. Avant la venue du Prophète Mohammed, il semble que le voile commence à s'insinuer sans trop de succès.
"Le voile est venu aux Arabes par le canal des Perses. Au début ce sont les femmes des couches aisées qui portaient le voile pour se distinguer des femmes des strates inférieures ainsi que des servantes. Peu à peu le voile ne tarda pas à gagner l'ensemble de la gent féminine de tous les milieux musulmans à cause du principe égalitariste qui comprenait qu'un croyant était égal à un autre croyant. Quant à l'obligation faite aux femmes de rester cloîtrées dans leurs demeures, elle est venue aux arabes par le biais des Byzantins qui l'avaient adoptée des Grecs anciens"(19).
La religion musulmane arrive sur un terrain en plein changement, en pleine ébullition, à La Mecque, ville arabe très importante et très cultivée, ville marchande de tous les échanges, de tous les tournois poétiques. Au VIIe siècle, les influences juives, judéo-chrétiennes, zoroastriennes, grecques (pour la pensée, et plus populairement pour le polythéisme), phéniciennes (par le passé proche), de la filiation linguistique (araméenne ou encore akkadienne et même sumérienne, par fait d'histoire et de traditions), orientales (par le commerce) : toutes vivent, se côtoient. Lorsque l'on évoque ce que la majorité interprète comme recommandation de se voiler chez les musulmans orthodoxes, cette mode, puis coutume, cherche à s'infiltrer de différents côtés mais, encore du temps du Prophète et même, dans les temps qui suivirent(20), "les Arabes avaient l'habitude d'amener avec eux leurs femmes, non pas pour batailler à leurs côtés, mais pour qu'elles s'exhibent partiellement nues devant l'ennemi, poussant ainsi leurs maris et leur clan à plus de bravoure pour mieux défendre leur honneur mis en jeu de façon aussi théâtrale et aussi dramatique. La tradition musulmane nous a même informé que Mohammed ne dérogeait pas à cette pratique quand il partait en guerre en emmenant avec lui sa femme favorite Aïcha(21). "Les Mecquois avaient tout loisir d'admirer la beauté féminine de leurs concitoyennes, et même le Prophète ne s'en est pas privé, comme il ressort à travers l'ordre qui lui a été édicté par le Coran pour mettre fin à ses mariages à répétition : "Désormais, il ne te sera permis de n'épouser de nouvelles femmes que parmi tes esclaves. Et il t'est interdit d'échanger de nouvelles femmes contre d'autres, quand bien même tu serais ravi par leur beauté" [33,52](22). Nous sommes au VIIe siècle. Nous observons que deux phénomènes ont touché le monde arabe durant la même période : l'arrivée du voile d'abord, puis une prophétie accueillie après bien des luttes et des résistances, qui devra, en quelque sorte, "suivre le courant" pour se faire admettre et qui servira par la suite à installer l'habitude du voile dans la sphère arabe qui avait résisté partiellement jusqu'alors aux us orientaux et grecs.
 
Que trouve-t-on dans le Coran ?
 
Les théologiens musulmans affirment que Dieu imposa le voile aux femmes musulmanes pour satisfaire aux exigences d'une seule personne, à savoir Omar ibn al Khattab ; dans leurs exégèses des versets coraniques concernant le voile, ils rapportent qu'un jour Omar dit au Prophète Mohammed(23) : "Le pieux et le débauché ont libre accès à ton domicile et voient tes femmes. Pourquoi n'ordonnes-tu pas aux mères des croyants (tes épouses) de se voiler !"(24).
Le mot arabe "hijab" (voile) signifie tout ce qui empêche d'être vu(e), il a un sens plus large que celui du morceau d'étoffe qui enveloppe une femme ; ce peut être un mur, un rideau ou un dos à dos pour se parler. C'est aussi la pudeur qui oblige un homme à ignorer la présence d'une femme, même si elle se trouve, par accident, devant lui. En son sens profond, il n'évoque pas seulement une sacralité mais aussi une pudeur et encore une obligation forte de respect pour ceux à qui la délicatesse manque.
 
Les versets du Coran, en préconisant l'effacement de la présence féminine concernant les épouses du Prophète, appuient les observations qui disent que les femmes arabes ne se voilaient pas pour se dissimuler et ne prenaient pas la chose très à cœur : "… quand vous demandez un objet aux épouses du Prophète, demandez-le derrière un voile…" (Le Coran, Les Factions). "Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des Croyants de serrer sur elles leurs voiles ! Cela sera le plus simple moyen qu'elles soient reconnues et qu'elles ne soient point offensées..." (Le Coran, Les Factions). "... Dis aux Croyantes de baisser leurs regards, d'être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît..." (Le Coran, la Lumière). "Ô femmes du Prophète ! ....... Demeurez dans vos demeures, ne vous produisez point en vos atours à la manière de l'ancienne gentilité" (Le Coran, Les Factions).
L'ordre donné était moins net que celui de saint Paul aux chrétiennes. La permission de montrer le visage et les mains fit l'objet d'un débat qui dure encore entre musulmans, chacun trouvant ses arguments en pour ou en contre dans le texte saint ou dans la Tradition reconnue.
Quant à l'historien et anthropologue Mondher Sfar(25), sa lecture minutieuse en langue arabe du Texte sacré donne un autre éclairage : "La règle énoncée à ce sujet par le Coran est parfaitement claire. Elle dit précisément : "Dis aux croyants de ne pas insister par leur regard et de cacher leurs sexes […]. Dis aux croyantes de ne pas insister par leur regard et de cacher leur sexe […] et qu'elles rabattent leurs voiles (khimâr) sur leur gorge" (Le Coran, La Lumière)". Ces versets sont décisifs quant à la doctrine du Coran sur les limites imposées aux femmes comme aux hommes de la nudité de leur corps en public. Les hommes et les femmes peuvent regarder mutuellement la nudité de leurs corps sans autre restriction que celle du sexe et des poitrines des femmes. Ainsi aucune autre partie du corps n'est soumise à l'interdit. Observons aussi que même la vision du sexe n'est elle-même pas soumise à un interdit absolu : il s'agit seulement de "ne pas insister (ghadda= atténuer) à regarder le sexe opposé ou la poitrine des femmes".
Ces versets ruinent les tentatives des docteurs de la loi musulmane à faire croire que le Coran aurait interdit la nudité du corps de la femme aux regards des hommes. D'ailleurs, ces versets concernent, comme on le voit, aussi bien les femmes que les hommes.
En fait, "les 'Ulamâ' musulmans se sont appuyés sur des prescriptions imposées aux femmes du Prophète pour en conclure à l'interdit de la nudité de tout le corps de la femme. […] C'est là, comme on le voit une interprétation abusive du texte coranique (qui souligne des prescriptions de bienséance) qui a abouti à transformer le hijab: rideau coranique, en un habit musulman couvrant la totalité du corps féminin"(26).
L'historien rappelle que la différence de traitement en ce qui concerne leur impossibilité de se remarier, citée dans le même verset que le hijab (33, 53), et le double châtiment ou la double récompense qui ne s'adressaient qu'à elles, souligne bien qu'il ne s'agit pas là d'une règle universelle mais d'une règle spécifique s'appliquant aux épouses du prophète.
 
Une revendication sociale, un désir de briser les castes
 
"Dévoiler une femme, c'est mettre en évidence la beauté, c'est mettre à nu son secret, briser sa résistance, la faire disponible pour l'aventure", écrivait Fanon.
La recommandation du voile est faite à certaines femmes, d'autres n'y ont pas droit ! Qui sont ces autres ? Esclaves, prostituées, concubines, courtisanes et... travailleuses ; ou épouses d'hommes ne possédant pas un statut social suffisant.
Rappelons-nous que, au début, les "voilées" étaient des princesses de l'Orient lointain, occupées à enfanter pour le compte d'un homme au pouvoir, sacralisées comme machines précieuses de reproduction. Qui peut se permettre d'être visiblement entravée, alourdie par un voile, sans couture ou peu épinglé, qui se retient avec les mains, sinon celles qui ne doivent pas travailler pour survivre, celles qui paient des porteurs, celles que les hommes de la famille doivent conduire, accompagner, servir dès qu'elles sont hors du foyer, à moins qu'un eunuque, un ou une esclave, une domestique, un chauffeur, même, à la limite, un enfant ne soient de service ?
"Dans l'imaginaire collectif, le voile est le symbole de la droiture, de la chasteté et de l'extrême honnêteté"(27), mais il est, par-dessus tout, le symbole de la richesse et du pouvoir. Dans toute l'antiquité, dans tout le moyen âge, on s'aperçoit que le voile était le signe distinctif d'une aristocratie ou du moins des éléments féminins attachés, à l'intérieur d'une même caste, à "un homme libre".
On rapporte qu'une esclave vint à passer auprès du Khalife Omar (compagnon du Prophète Mohammed). Voyant qu'elle était voilée, il la frappa en lui disant : "Espèce de lâche. Tu cherches à ressembler aux femmes libres ? Jette donc le voile !".
En 1974, les Ulémas de l'Arabie saoudite répétaient encore : "Depuis l'apparition de l'Islam, des événements sont intervenus au cours desquels quelques dévoyés dénués de toute moralité et recrutés parmi les non-musulmans et parmi ceux qui lui furent hostiles à ses débuts, se mirent à attaquer les dames musulmanes. Leur intention était de les provoquer en vue d'attenter à leur pudeur. Car ils étaient déjà habitués à ces pratiques dans la péninsule des Arabes avant l'avènement de l'Islam. Quand ces dévoyés étaient sévèrement réprimandés, ils s'excusaient en disant qu'ils ignoraient que ces femmes étaient des musulmanes et qu'ils les avaient prises plutôt pour des esclaves. De telles provocations faillirent déclencher des désordres… Le Coran recommande ainsi à toutes les musulmanes de ramener la robe sur le visage d'une manière qui n'était pas antérieurement pratiquée. Cette modification servait à les identifier comme des femmes libres et à éviter qu'elles ne fussent attaquées et, par conséquent, à écarter le mal et à repousser les fitan (pluriel de fitna, querelles)".
Mais l'argument et l'organisation sociale ne datent pas, en ce domaine, de l'avènement de l'Islam : mille sept cents ans avant le Prophète Mohamed, le roi assyrien Téglatphalazar Ier légiférait que "la prostituée ne sera pas voilée, sa tête sera découverte. Cinquante coups de bâton pour la prostituée voilée, la même chose pour l'homme qui ne l'a pas dénoncée. Les femmes esclaves ne seront pas voilées. Les désobéissantes auront les oreilles coupées et l'homme qui n'a pas dénoncé aura les oreilles percées".
Ibn Batouta au XIVe siècle et El Hassen el Wazzen (Léon l'Africain) au XVIe siècle, témoignent que dans ce que l'on dénomme actuellement "Monde arabe", les paysannes n'étaient pas voilées ; or, elles représentent la majorité de la population de l'époque. Les principes égalitaires des débuts de l'Islam, lorsqu'il n'y avait que peu de croyants, étaient oubliés et les travailleuses rurales en particulier ne pouvaient pas travailler voilées. Le redécoupage en castes, s'il avait en partie exclu la vieille aristocratie, ne pouvait pas se passer des riches, parfois anciens, le plus souvent nouveaux, et réinstallait l'inégalité d'avant l'Islam. Dans les villes, les esclaves, même devenues musulmanes, ne pouvaient toujours pas se voiler.
Il s'agit donc d'une minorité de privilégiées, qui, au cours du temps, avait droit au voile. Curieusement, les revendications d'indépendances nationales et les revendications sociales du XXe siècle ont fait éclater ce privilège : puisque le voile était signe de puissance, de richesse et de dignité, toutes les musulmanes devaient y avoir accès ! L'influence occidentale avait rimé si longtemps avec colonisation, mépris, injustice, déconsidération, que toute proposition entendue comme venant de ses rives, d'enlever les voiles (qui avaient aussi servi à se protéger de l'étranger, de l'envahisseur violeur) était prise pour une provocation et un crachat sur la gent féminine. Ainsi l'Iran, ainsi l'Algérie, la Turquie.
L'idée du privilège existe aussi chez les chrétiens, chez qui la mère de Jésus, Marie, est presque toujours représentée voilée ; voilées, les religieuses consacrées jusqu'il n'y a pas très longtemps ; couvertes, les dames de la "bonne société". Les chrétiennes orthodoxes se couvrent et, encore aujourd'hui, il faut se couvrir pour entrer dans une église orthodoxe. Pour tous, ainsi que le dit saint Paul, "toute femme qui prie ou qui prophétise tête nue fait affront à son chef". Les juives pratiquantes sont dévoilées mais ne montrent rien de leur tête. Partout, le voile représente le "bien", moralement et matériellement.
Le nouveau et drôle de costume(28), vaste blouse aux poignets fermés et foulard sur la tête, dissimulant le cou, que les femmes musulmanes portent actuellement un peu partout, costume qui perd la grâce des drapés mais qui gagne en qualités pratiques, la possibilité de sortir et de travailler, n'est donc que l'effort important d'une classe opprimée, celle des travailleuses citadines ou d'une classe révolutionnaire, les filles qui désirent étudier, pour marquer leur appartenance à la caste "noble" sans en avoir les moyens réels, matériels ou rituels, sans être totalement dans la prescription, mais en apprivoisant la pratique par le nombre et l'inclination populaire, à laquelle les nostalgiques du voile ne peuvent résister qu'en des endroits isolés. Elles ne font, en cela, que suivre le "rétrécissement" pour cause d'activités quotidiennes, qui s'était produit plus au Nord et à l'Ouest. En effet, l'utilisation du voile s'est prolongée dans l'Europe du XXe siècle ; tout au cours du temps, il s'était seulement rétréci jusqu'à devenir un simple foulard. Voici comment Germaine Tillion(29) nous décrit l'Europe du Sud des années cinquante (XXe siècle) : "Il y a encore peu de temps… une femme qui en Espagne, au Portugal, dans le sud de la France, en Corse, en Italie Méridionale, en Grèce, au Liban entrait dans une église sans avoir les cheveux couverts, ne serait-ce que d'un mouchoir, faisait scandale".
"Le fait de couvrir les cheveux chez une femme mariée était tellement dans les mœurs que la notion de l'allemand moderne weib (l'épouse, la femme) fut rapprochée immédiatement de wiba (le voile) qui désignait au départ le couvre-chef de la femme mariée avant de désigner la femme elle-même"(30). Les coiffes ou petits ou grands foulards tiendront en Europe du Nord (France y compris en sa partie haute et résolument en Allemagne) jusqu'à après la Seconde Guerre mondiale, reliquats des grands voiles mérovingiens et des très stricts voiles (avec mentonnières) de l'époque carolingienne. A l'aube de l'an deux mille, l'Occident, le monde anglo-saxon, continue à utiliser la voilette pour les cérémonies de mariages et d'enterrement. Les fillettes chrétiennes, lors du rite de la "première communion", se voilent. Les mariées aussi. Chez les chrétiens occidentaux, entrer en religion continue de se dire "prendre le voile". Jusque dans la seconde partie du XXe siècle, on faisait la différence, au niveau social, en France, entre "une fille en cheveux" et "une dame portant chapeau et voilette". Au Pérou, en 1833, Flora Tristan, la grand-mère de Paul Gauguin, témoigne, à Lima, du port du "manto" qui cachait entièrement le visage à l'exception d'un œil ; on pense aux fichus actuels des Péruviennes : là aussi, le voile a rétréci !
Il ne s'agirait donc que d'un "décalage temporel" ? D'une revendication anachronique par rapport à l'évolution sociale et spirituelle du Temps dans le Monde en général ? Mais peut-on se contenter uniquement de cela ? Pourquoi le tissu ? Pourquoi cet effacement comme signe de supériorité ?
 
Les sens profonds ou les positions d'humilité et de pouvoir
 
Voici que l'on refuse la nudité pour se différencier catégoriquement des animaux. Voici que l'on a donc perçu la chevelure comme témoin du "naturel" (animal), que l'on a compris que cette similitude avec la fourrure, le pelage ou la crinière introduisait un trouble, un érotisme qui ne disait pas son nom, une peur panique, se sentir immergé dans un désir animal, dans l'état de bête, et que l'on a défini cela en "tentation coupable", en péché. D'autre part, la tête couverte, occultée, la chevelure féminine emprisonnée, la nudité habillée, apparaissent comme remède, comme "distinguo", comme marque d'humanité. Jusque là tout est cohérent : on refuse cette marque d'humanité aux esclaves, aux vaincus, aux prostituées, on rase la tête des dames de bonne caste qui refusent le voile ou de certains hommes de religion qui consacrent leur vie à la déité. Les puissants sont "couverts" de telle façon qu'on ne puisse les prendre pour des gens du commun, les nantis sont les mieux protégés contre le froid et le soleil et, de plus, leurs épouses sont à l'abri des "yeux" qui souillent.
Alors, comment expliquer que les hommes chrétiens se découvrent dans les lieux saints, qu'en certains lieux l'observance de pureté des polythéistes antiques consistait à entrer nu pour être en présence du roi qui représentait une divinité ? Pensons au voyage aux enfers d'Innana, la déesse vaincue, qui doit se mettre nue par humilité en ce lieu sacré... Chez les Arabes, au temps du Prophète Mohamed, "la nudité du corps féminin était si banalisée dans la mentalité de l'époque que les femmes accomplissaient leur pèlerinage et les tournées autour de la Kaaba dans leur plus simple appareil, sans qu'aucune interdiction n'ait été prononcée par le Coran contre cette pratique du vivant du Prophète"(31). C'est que la relation au Dieu n'est pas toujours vécue de la même façon : pour le polythéiste ou le fils de la Grande Déesse et même pour le monothéiste des premiers moments, il y a lieu d'affirmer son unité avec la volonté divine, avec la grande force de vie à laquelle l'homme participe, de revenir explicitement à "l'état de création", "purifié" des signes de l'émancipation, de la différenciation introduite, entre autres choses, par le vêtement. Dans ce cas, le vêtement est impur parce qu'il marque l'orgueil de vouloir prendre son destin en mains. Pour le chrétien qui se découvre, il y a le geste d'humilité extrême qui le fait se présenter "nu" devant son créateur, devant ce dieu qui connaît tout de lui, qui "sonde les reins et les cœurs". Découvrant sa tête, c'est, symboliquement, comme s'il se mettait entièrement nu, sans porter atteinte à la vie sociale et au tabou installé avec ses semblables. Pour lui, se découvrir, c'est prier sans orgueil, reconnaître sa condition, retrouver la pureté antérieure au pêché originel (selon la tradition chrétienne). Et qu'en est-il de la tonsure des moines qui se couvrent la tête d'un capuchon ?
Le musulman orthodoxe des temps post-prophétiques, ainsi que le croyant juif, ainsi que le prêtre des clergés chrétiens, par contre, se présente couvert au moment de la prière, souvent, et jusqu'à récemment, voilé d'un châle, pour prouver à Dieu qu'il a entendu le message, que sa religion "sépare" l'exil du Paradis, qu'il a bien récupéré sa condition "divine", momentanément abrogée par sa désobéissance. Il prouve sa gratitude à Dieu, en lui démontrant, déjà par sa tenue vestimentaire, sa nature humaine. Il rase ou coupe fréquemment ses cheveux, souvenir d'un temps sans conscience, il couvre la tête qui est le lieu le plus tabou, qui a franchi en premier la porte de la vie, le sexe dilaté de sa mère.
 
Pourquoi dans ce cas la chevelure féminine (sauf chez certains juifs, où le crâne rasé féminin reçoit une perruque) est-elle en même temps préservée et cachée ? Il semble que le conflit atteigne ici son paroxysme : d'un côté, il faut prouver son état de femelle bonne à enfanter, garder le signe de la force naturelle de reproduction, le côté mammifère en bonne santé, et, de l'autre, il faut prouver son humanité en occultant la chevelure gardée idéalement longue et vigoureuse ! Le seul recours, c'est le voile.
 
Il fallait tout de même s'arrêter à une conception de l'origine du port du voile plus courue : Odon Vallet(32) reprend l'idée de la tentation par les charmes féminins, il rappelle que les femmes les offraient au service des dieux, et qu'on se méfie d'elles : elles pouvaient ensuite les offrir au service du Diable ! Lorsque apparaissent les religions monothéistes, la grande règle devient la suspicion et la vertu première la chasteté. On a souligné l'origine de ce voile qui était, en Inde, la protection du lignage, le "parcage" aux fins de reproduction des femelles de haute condition, comme on sélectionne des juments qu'on ne laisse pas monter par n'importe quel cheval mais qu'on réserve à l'étalon choisi. On ne peut nier la possessivité masculine ni les avantages triviaux de cette domination, mais l'argument semble pourtant bien insuffisant dans la mesure où des femmes handicapées ou bien laides se voilent, où les femmes très âgées continuent de se voiler, où, contrairement à une idée bien vissée en Occident qui voyait le voile comme une obligation entièrement imposée par la partie masculine à la partie féminine, il faut bien reconnaître que le désir de voile était (est encore) féminin. Aliénation ? Confort de l'irresponsabilité ? Certainement, pourtant, nous l'avons vu précédemment, cela ne résume pas tout et la mentalité occidentale moderne n'englobe pas toutes les représentations du monde, ne correspond pas à l'idéal commun. Par exemple au cours de l'histoire, la rivalité apparaît assez fréquemment entre le désir d'être "couvert", c'est-à-dire "humain", et la tentation d'orgueil qu'on peut en tirer :
"Celui qui laisse une traîne de son habit toucher le sol (d'une manière arrogante), Dieu ne le regardera point le jour de la résurrection" (Dit du Prophète Mohammed). Une femme, Oum Salma, en entendant cette parole du Prophète, lui posa cette question : "Que doivent faire les femmes de leur traîne ?". Le Prophète répondit : "Elles en laissent un sibr (mesure avec la main ouverte)". Elle revint à la charge : "Elles découvriraient leurs talons !". Il rétorqua : "Qu'elles laissent traîner l'équivalent d'un avant-bras (dira') sans plus !". Ainsi, dans ce distingué marchandage, les femmes obtiennent un avantage de représentation sociale sur les hommes parce qu'elles sont suivant, la Tradition (Sunna), "'awra" (sacrées) du cheveu au talon alors que l'homme ne l'est que de la taille au-dessous du genou (ceci théoriquement, et dans une certaine lecture. De toutes façons, par pudeur, l'homme musulman se couvre aussi de la tête aux pieds). Encore aujourd'hui, certains chanteurs traditionnels arabes ramènent un pan de leur turban devant leur visage pour chanter : le geste est compris comme pudique et orgueilleux. Le président libyen, très fier, encore dans ses derniers discours, est voilé, y compris le bas du visage jusqu'aux yeux. Un soufi indique les états de sa vérité intime par son costume : "Il met un manteau quand il a effacé son existence, orne le manteau de broderies quand il s'est enchaîné aux commandements divins et s'enveloppe dans une cape pour exhiber son attachement loyal à la voie(33)… Il noue une écharpe autour de son turban pour montrer qu'il a laissé derrière lui le mal fait par les hommes… Il porte un mouchoir sur le visage pour signifier que ses yeux et sa langue ont été délivrés de la tentation du diable…"(34). Etre délivré de la tentation du diable représente une sacrée bonne idée de soi-même ! Surtout si le "diable" est une ancienne représentation de la fécondité, un ancien dieu porteur de la vitalité sexuelle animale, naturelle !
Une observation attentive des différentes chaînes des télévisions arabes démontre que les femmes sont présentées découvertes et maquillées fréquemment alors que la majorité des hommes gardent la tête couverte. Le vieux fond arabe, sous couvert de modernisme occidental réapparaît ! On se vante, on affiche sa fierté par l'exhibition des femmes. Sauf sur les chaînes coraniques spécialisées, ou lors d'émissions religieuses, on a, bien souvent, le voisinage d'une présentatrice parée, recevant des invitées également dévoilées et parées à côté d'un orchestre traditionnel d'hommes enturbannés voilés d'un châle. C'est peut-être une autre façon de se présenter à la fois "bons pour la reproduction" en affichant quelques femmes pleines de vitalité, de beauté, et "vraiment humains" en montrant les hommes recouverts. Certains musulmans y voient "du mépris pour les femmes" mais la majorité des téléspectateurs et téléspectatrices trouvent la chose "normale", y compris les femmes voilées. Nous pourrions, bien sûr, faire d'autres lectures du phénomène, moins globales, moins profondes, mais ici, nous sommes à la recherche précisément du "non dit, non pensé, non exprimé" dans la seule lecture des signes affichés.
 
Le vécu du voile
 
Le vêtement s'adapte aux conditions atmosphériques, sauf le voile. Il faut avoir porté ces grands voiles de laine blanche ou de toile noire, certains (comme l'était celui de Constantine, en Algérie, bien serré autour de la tête et enroulé deux fois) pour savoir le degré de "touffeur" et d'inconfort qu'ils peuvent procurer par forte chaleur. Souvent, les voiles sont devenus noirs à la suite d'une défaite tribale ou nationale, d'un traumatisme mythique, par exemple le meurtre des enfants de Ali, gendre du Prophète, pour les chiites musulmans, ou d'un deuil national, la mort du bey de Constantine et la colonisation française pour les Constantinois, et sont restés comme ça, quelques centaines d'années, sans que personne n'ose en changer la couleur.
Le vêtement s'adapte à l'architecture et à l'urbanisme(35) : lorsque l'architecture et l'urbanisme copient l'Occident, ce serait de l'innocence que de penser que le voile va demeurer oriental ou nord-africain.
Le vêtement s'adapte au mobilier : les robes et les voiles perdent de la largeur lorsqu'on s'assoit en hauteur, à l'occidentale, lorsque la chaise vient changer l'univers du quotidien dans ses proportions, ses gestes, sa communication.
Tout ceci explique le rétrécissement du voile jusqu'à sa disparition prochaine, remplacé par "la blouse longue", de couleur terne pour ne pas attirer les regards et le "foulard" déjà pratiqué par l'Occident lorsqu'il en finit, à son heure, avec le voile.
L'attitude s'adapte au voile. Plus : la mentalité s'y développe. La dame qui se voile s'attend toujours à ce que les hommes et les non voilées la prennent en charge, en leur protection. Elle patiente plus facilement, le tissu l'aidant à s'isoler du monde. Lorsqu'elle fulmine, elle attend "d'être à la maison" pour régler ses comptes. Enfin, voyeuse, elle s'abstrait et se sentirait "nue" si elle devait se dévoiler en public. Voilée, elle apprend vite (pas toutes !) à mentir : un voile qui s'ouvre et se ferme en une seconde "pour ne pas mourir de chaleur", découvrant la vigueur d'une poitrine à peine cachée d'une soie transparente, dans le bus, justement devant un beau jeune homme qui mettra une semaine à s'en remettre, un profil qu'on place dans la lumière du soleil si on porte une voilette, des yeux qui basculent en une seconde, un clin d'œil, un pied ou une main maquillés au henné, débordant "sans faire attention". Il y a des régions où les chaussettes sont obligatoires, où la voilette n'existe pas, le voile étant rabattu et la dame se déplaçant en laissant une petite fente pour un seul œil, et, même là, les femmes séduisent les hommes par la ligne de leurs silhouettes !
Car ne pas tenir compte de la charge d'émotion que peut susciter le voile serait une erreur. Autant le voile "efface" la femme comme élément productif et civique dans la société, autant il renforce sa puissance psychologique, "magnétique" sur le monde masculin. Une femme, debout, entièrement voilée de noir, visage entièrement dissimulé, muette, changera l'attitude et le discours de tous les hommes présents participants du respect du voile. Le trouble érotique est intense et, contrairement à bien des idées reçues, mêmes si les yeux sont invisibles. Comme dans une assemblée de femmes voilées il peut y avoir les mères ou les sœurs, ou toute femme interdite, on comprend que les hommes souffrent de voir les femmes de leur famille sortir et se mêler à la foule, car toute présence féminine, anonyme, étant troublante, la terreur de fantasmer sur les femmes de sa propre famille est intense. Cela est rarement conscient, bien que parfois exprimé en toute innocence par les hommes. Dans le "Ne sors pas de la maison !", il y a un appel, une supplique, qui confine au désespoir. On dirait parfois que l'homme d'une société qui voile ses femmes, entièrement livré au jugement de celles-ci, entièrement dépendant de l'amour de sa mère, privé de la vue du féminin comme de la vue de Dieu, reporte sur ce féminin sa révolte, le drame de sa solitude et de sa destinée, prenant comme objet de sa rancœur ce féminin qu'il a sacralisé comme substitut divin !
Le désir que provoque les femmes est un péril à ceux qui ne peuvent les rencontrer sans émotion ! La formulation du poème d'Ibn Roumi, exercice de publiciste, est saisissante à ce sujet ! Il devait faire vendre un lot de voiles de couleur noire dont personne ne voulait, préférant d'autres couleurs. Le prix de son salaire était un luth, ramené de voyage par le marchand de voiles. Il écrivit un poème : après que se fut répandu ce poème, cette chanson qui louait l'érotisme de la couleur noire pour le voile, toutes les femmes de la ville se bousculèrent pour en acheter un !
 
Demandez à la belle au voile noir
Ce qu'elle a fait au pieux croyant
Il s'était préparé pour aller prier
Lorsque tu t'es mise à la porte de la mosquée
Rends lui ses prières et son jeûne
Ne le tue pas je t'en conjure par la religion de Mohamed
Ne le tue pas par Jésus et par Mohamed
 
Mais dans ce vécu du voile, côté féminin, il y a aussi cet incomparable confort du tissu qui protège, qui isole. La possibilité de ne pas répondre si c'est un homme qui vous parle, fut-il juge ou sage ! De ne parler qu'à voix basse avec d'autres femmes en public sans que la chose ne soit répréhensible. Il y a la complicité qui s'établit entre le tissage, le voile, et la femme qui le porte, presque jusqu'au fétichisme. De toute façon, elle ne sortira pas sans lui. En voyage, elle peut s'installer n'importe où et même dormir au milieu de la foule si nécessaire : elle est "couverte" surtout si le voile est très épais.
Le vécu du foulard est différent : il laisse voir le visage, la blouse laisse voir les formes. Il est difficile de s'abstraire. Il est inutile de compter sur autrui puisque les mains sont libres et la démarche peu entravée. Il faut, en principe, un air d'humilité, "un peu sauvage" ainsi que le recommandent certains, propre à éloigner tout intérêt masculin. Mais nos filles n'ont pas toutes la tenue élégante, convenable, qu'elles devraient, en idéal (le leur) afficher. Le rire, voir le fou rire peut couver, éclater, dans le bus, le métro ; elles parlent à haute voix entre elles. Certaines poussent l'innocence jusqu'à mâcher de la gomme (chewing-gum) ou à lécher une crème glacée en public… On ne s'attache pas à son foulard comme on vit avec son voile, c'est un vêtement comme un autre, qu'on change si on veut fréquemment, un début d'affranchissement se dessine. Et ce foulard ne véhicule aucune charge érotique ou émotionnelle, aucun rêve. Mais le message est trouble : "Je suis là, vous me voyez mais je vous signale, par ma tenue, que vous ne devez pas me voir. En fait, je veux que vous me voyiez quand même tout en me sentant à l'abri sous mon foulard qui met les distances, qui que vous soyez". Nostalgie et haine d'un voile qui ne renaîtra pas, et que l'on a combattu par le foulard, nostalgie d'un mythe qu'on ne connaît pas et dont on ne veut pas avoir la connaissance ni historique, ni linguistique, ni psychologique, ni anthropologique, ni rien… Nostalgie d'une identité imaginaire, construite avec les valeurs positives et négatives d'un monde dominant qui ne correspond en rien avec l'esprit des anciens… Monde occidentalisé coupable de ne pas distinguer entre culture et aliénation(36), entre identité et tabou, entre spiritualité et "rassurance", entre foulard et personnalité, entre désespoir et agressivité… Une identité, une spiritualité, se tiendraient là, dans cet entrelacs de fils ? Le grand vertige métaphysique s'y enfouirait ? L'infinie beauté des choses s'y expliquerait ? Avons-nous rétréci aux mesures de ce petit carré de soie ou de coton ?
 
Devenu récemment au comble de la négation de son sens premier de marqueur de la caste dominante, effacement extérieur de l'appartenance sociale, cache-misère, le voile remplissait aussi son devoir d'homogénéisation apparente, comme signe d'une égalité idéale de la "communauté" musulmane. Le foulard reprend la fonction. Par ailleurs, on s'y réfugie, ainsi que dans son voile, pour réduire les frais vestimentaires ou les soins de coiffure. Etre pauvre et digne : sous le voile ou sous la grande blouse terne, qui ira voir ? La différence de vécu pourtant est importante à ce niveau de représentation sociale, car jamais une femme voilée ne restera voilée en société féminine, là où il est important d'être "habillée", alors que le foulard, curieusement, se porte toute la journée et ne s'enlève ni au travail ni pendant les visites. Personne ne voit alors la qualité du tissu sous la blouse qu'on n'enlève pas. Ainsi, un signe évident de caste supérieure peut être utilisé pour "faire illusion" dans un monde de consommation où l'on juge l'être sur l'apparence. Cette révolte contre "l'avoir à la place de l'être" motive certaines femmes qui en font un argument pour être davantage "elles-mêmes".
Il est à remarquer que le langage courant, en Occident, confond le voile et le foulard qui l'abolit. Et cette confusion se fait avec le consentement des intéressées : comme elle est lourde, la culpabilité de s'éloigner de l'ancêtre, comme il est douloureux de manipuler " la vérité " sans se donner le choix d'affronter l'inconnu.
 
En ce qui nous concerne
 
Mettre son humanité, sa propre valeur, sa pudeur et son respect de soi uniquement dans un carré de tissu, ou dans une "marque", comme disent certains adolescents (un vêtement d'une production à la mode), ou dans une relique fétichisée… Diviniser les choses, les objets, quels qu'ils soient. Les personnes qui mettent leur foi dans un carré de tissage sur la tête, aujourd'hui, sont les enfants de la télévision et pas les enfants d'une tradition. Télévision qui ne leur apprend (sauf rares exceptions) que la procédure actuelle du partage des femelles et des biens de consommation, que le fétichisme, que la révérence devant la matérialisation de la vie. Quel savoir immatériel leur offre-t-on au quotidien ? Si la mode, en Belgique, souffle des petits foulards qui ne ressemblent en rien au "voile" traditionnel, il faut se poser des questions : dans l'inconscient message véhiculé par des adolescentes, n'y a-t-il pas l'aveu d'une angoisse ancestrale ? Ici comme au Pays, quelle culture leur a-t-on communiquée ? Que leur a-t-on proposé avant le temps d'être femmes ? Comment vont-t-elles s'y retrouver sans carte ? Elles sont fragiles ? Leur revendication est anachronique ? Oui. Il faut aller plus loin, voir que l'anti-voile, le foulard est, parmi les symboles (perçus comme) religieux, une avancée "citoyenne" importante (au sens de participation à la vie de la cité), dans la limite des contraintes sociales. Oui, avec ce foulard les femmes essaient d'avoir des activités citoyennes . Elles sont, en ce qui concerne les citadines, au moins dans les sociétés musulmanes du monde arabe et les micro-sociétés musulmanes du monde occidental, plus actives et plus "libres" que leurs aînées (libres dans le sens qu'elles sont moins jugées socialement lorsqu'elles sortent, travaillent, participent à plus d'activités sociales). Et même les rurales qui y perdent, de fait, leur autonomie et leur liberté dans la tâche, ont le sentiment d'une promotion. Nous pouvons avancer alors que les "dirigeants" politiques n'ont pas fait leur travail dans les pays qu'on disait "libérés" du colonialisme, où, idéalement, le système des castes devait disparaître… Ou bien en conclure qu'aucune reconnaissance civique n'est venue à ces femmes dans nos pays qui, en fait, ne sont peut-être jamais "sortis" des colonialismes. Ou faire le constat que les intellectuels arabes se sont conduits égoïstement, ou lâchement.
Dans les pays d'accueil, une sérieuse remise en question doit avoir lieu quant à l'accès à l'éducation et à la culture. Ces femmes cherchent leur chemin et la reconnaissance de l'entourage. Elles essaient seulement de faire bien. On ne fait pas la guerre à des gazelles ; on pourrait, au contraire, leur éviter le désert de pierres, la soif, la blessure… Mais non, dans le pire des cas, on verse dans la démagogie et le mépris, dans le "pseudo-respect" de quelque chose dont on ne saisit pas le sens, on affiche bien haut qu'on doit s'incliner devant le caprice d'enfants ignorantes parce qu'on désespère de leur intelligence. Quelle serait cette "liberté de choix" dénuée de savoir, de racines, de références ? Les jeunes filles qui pensent se protéger par une mince toile (et le geste de s'entourer la tête est identifiable) ne savent rien du long et douloureux parcours des femmes des autres peuples qui, elles aussi, viennent du voile. Elles ignorent souvent comment elles peuvent avoir accès aux études, aux vacances, à la sécurité sociale, au droit de vote, à la dignité enfin… Elles ignorent " e chemin de la datte à la bouche". Elles ignorent que dans leurs pays d'origine, le sang a coulé pour une liberté de tous les citoyens, que des femmes sont mortes, emprisonnées, torturées, pour que les générations futures puissent étudier et vivre la tête haute et les cheveux libres. Ces peuples qui ont lutté pour une séparation du sacré et de la loi, pour un accès à une égalité (qui n'est pas encore atteinte mais demeure chère au cœur) de tous les êtres humains, n'acceptent pas qu'au nom d'une interprétation religieuse (douteuse même dans sa propre véracité originelle, comme on l'a vu), on puisse remettre en question ce long et pénible chemin vers un mieux vivre. Il n'est pas honnête d'utiliser la notion de démocratie au service d'un signe clair d'inégalité entre les êtres humains. Car, quels que soient les arguments pour "moderniser", "occidentaliser" dans le sens suivi par le christianisme moderne, les textes musulmans, on ne peut pas nier que les femmes sont couvertes alors que les hommes ne le sont plus, et qu'aujourd'hui, ce signe affiché de différence entre hommes et femmes est interprété, de fait et nonobstant toutes les considérations précédentes, comme une négation catégorique de l'égalité des sexes. Par sa référence à un texte vieux de quatorze siècles, aggravé des marques des pouvoirs absolus qui s'en emparèrent, il signale, ce signe, "que l'homme a prédominance sur la femme". D'autre part, il n'est pas non plus honnête de parler de démocratie seulement pour masquer un dégoût raciste (quel que soit le "camp " des "pour" ou des "contre").
C'est dans la verticalité des rapports (sociaux et humains), dans l'absence de savoir, dans le trouble entourant le mot "culture" (dans la paresse de lire attentivement…), dans les programmes scolaires, dans le flou entourant les convictions et les habitudes des indigènes qu'il faut chercher… ce qu'il faut changer.
 
Les alternatives au voile
 
Le voile serait donc au bout du questionnement une réponse à l'angoisse du retour à l'animalité (on peut élargir l'hypothèse au vêtement en général) ? Mais ceux qui ne s'habillaient que très peu ? Que fait-on alors des Phéniciennes en petites jupes, des Egyptiennes d'avant les Grecs, des Occidentales d'aujourd'hui, des Berbères d'autrefois, des hommes de tous ces peuples que l'histoire du voile n'a jamais tracassés ?
Par recoupements, par comparaisons patientes, par classement d'observations, une réponse étonnante surgit : le bijou et le maquillage vont agir exactement comme le voile, en rompant de façon décisive avec un "naturel" qui inquiète. A titre de témoignage, Léon l'Africain décrivant le Maghreb au XVIe siècle décrit les paysannes sans voile, "Les femmes portent beaucoup de bijoux en argent… des bagues, des bracelets, des anneaux d'oreilles… des anneaux aux pieds…. couvertes de bijoux d'argent". A Teijent, à l'intérieur d'une plaine marocaine "on ne trouve que peu d'argent dans le pays. Ce sont les femmes qui portent ce peu d'argent en bijoux"(37).
"Les Carthaginoises de l'ère punique (avant le voile romain) se maquillaient les yeux, s'épilaient les sourcils et s'appliquaient un fard à joues. Elles employaient de la poudre d'antimoine (khôl) pour les yeux, on a retrouvé des récipients (mokhla) pour le fard des yeux. On a retrouvé aussi des pinces à sourcils ainsi que des récipients pour écraser le fard à joues. Elles dessinaient des pastilles rondes sur chaque joue à l'aide d'un fard de couleur rouge…"(38). Quant aux Egyptiennes de l'antiquité (avant le voile grec) ou aux Africaines presque nues couvertes de parures, l'information n'est plus à faire.
Dans cette longue histoire du voile, il s'agirait juste d'un conflit d'intérêt entre l'intelligence de l'espèce (qui veut d'abord la procréation) et la personne humaine (qui veut d'abord l'humanisation) ?
Et si la pensée suffisait à écarter le danger, mythique mais présent, du "retour" à la bête ? Et si l'on pouvait se sentir assez tranquilles pour imaginer qu'on puisse être humain et nu ? Et si la Culture Humaine devenait le plus fin et le plus solide tissage, capable de nous raffermir en notre aventure singulière de bipèdes en évolution ?
 
Les questions sont plus importantes que la réponse
 
On pourrait, bien sûr, tout admettre à l'école : les croix, les kippas, les foulards, les marteaux, les faucilles, les totems, sans oublier de permettre aux naturistes(39) d'envoyer leurs enfants à l'école en tenue d'Adam et d'Eve (avant la chute pour les chrétiens et les juifs, juste après la chute pour les musulmans)... L'humour n'est pas vraiment au pouvoir, taisons-nous !
Il serait intéressant de travailler cette hypothèse de la différenciation d'avec le règne animal comme il pourrait être utile de cerner la notion d'un écho de "revendication sociale" sous ce foulard.
 
Et si nos appropriations intellectuelles devenaient le repère d'une valorisation qui rende abscons le principe de la caste et la revendication par textile exprimée qui en découle ? Et si l'intégration sociale, le bien-être, venaient tout simplement désamorcer la rage, le dépit, l'angoisse ? Quelle nouvelle utopie, puisant aux grands courants de la pensée et de l'expérience humaine viendra nous proposer l'aventure, à nous tous ?
 
S'il se trouvait que nos gestes les plus banals correspondent réellement à des angoisses collectives encore mal cicatrisées, la mode elle-même pourrait nous apparaître autrement : et si le "piercing" et le port du foulard n'étaient en fait que des variantes d'une même réponse à une même angoisse enfouie si profond qu'on ne le saurait plus ?
 
 
 
Avec les précieuses réflexions et critiques du professeur Claude Javeau (Belge), de Ali Khedher (Belgo-irakien), de Samir Dib (Syrien) et de Chafiq Allal (Algérien).
 
 
 
(1) Certains diraient "perverties" puisque utilisant des revendications laïques à des fins de pouvoir théocratique et des revendications démocratiques à des fins absolutistes.
(2) L'Algérie a joué et perdu : le président Boumédienne jouait les "intégristes" contre une gauche fantôme, ses successeurs les ont utilisés pour prendre le pouvoir et vendre le pays silencieusement et à bas prix après l'avoir vidé de toute résistance par la terreur "islamiste". 
(3) Revue française l'Histoire, 1998, "Les intégristes", pour les citations qui précèdent.
(4) Marcel Gauchet, directeur d'Etudes à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, à Paris.
(5) William Reich, "Psychologie de masse du fascisme".
(6) Notes d'Abdelwahab Bouhdiba.
(7) Al Dumayri, théologien.
(8) Imam al Ghazali.
(9) Cité par Dawasa dans "al mar'a fil qur'an was-sunna", p. 266. 
(10) C'est Jean-Louis Declais, prêtre à Oran en Algérie, qui attire notre attention sur le fait, dans la revue "Rencontres" éditée à Alger en avril 2003.
(11) Abdelhak Serhane, "L'Amour circoncis", édit. Paris-Méditerranée.
(12) Idem.
(13) Hawa Djabali, "Glaise rouge", roman.
(14) Une croyance populaire répandue dans les campagnes musulmanes prétend que les prophètes ne défèquent pas ! 
(15) Meral Akkent et Gaby Franger, ""Le foulard", un morceau de tissu entre le passé et le présent".
(16) Première épître aux Corinthiens.
(17) Emna Ben Miled, "Les Tunisiennes ont-elles une histoire ?", Tunisie impression universitaire, 1998.
(18) Larges citations dans les paragraphes précédents extraites du travail de la psycho-historienne tunisienne Emna Ben Miled et de celui d'Odon Vallet, anthropologue français qui étudie les rapports entre politique, religion et psychanalyse.
(19) Ghassan Ascha, sociologue libanais.
(20) On le sait car Aïcha (l'épouse du Prophète) renouvela la chose de façon établie vingt-quatre ans après sa mort.
(21) Mondher Sfar, "Le Coran, la Bible et l'Orient ancien".
(22) Idem.
(23) Ghassan Ascha.
(24) Ibn Kathir Tafsir al Qu'ran al 'azim, t. 5, p. 489.
(25) Contrairement à une vague de médisance organisée en France contre lui, Mondher Sfar, qui a reçu des menaces de mort, n'est ni "islamiste", ni révisionniste, ni d'une droite fasciste. C'est un intellectuel qui fait son travail.
(26) Mondher Sfar, "Le Coran, la Bible et l'Orient ancien"; ce livre peut êre commandé à l'adresse électronique suivante : cassini@compuserve.com.
(27) Abdelhak Serhane, marocain, docteur en psychologie.
(28) A ses débuts en Algérie (vers 1965), le foulard et la blouse faisaient rire les femmes voilées. Elles percevaient cela comme une dérision alors que les filles qui adoptaient cette mode le faisait pour pouvoir aller à l'école, ce qu'on ne pouvait faire voilée. "Voile-toi ou marche normal (à l'occidentale) mais ne porte pas ce truc ridicule !", pouvait-on entendre dans les familles. Mais lorsque le port du voile était exigé, c'était la seule façon de lutter pour continuer l'école. 
(29) Ethnologue française. "Le harem et les cousins", édition du Seuil.
(30) Meral Akkent et Gaby Franger, dans un ouvrage traduit en français et édité en Belgique par l'association "La voix des femmes".
(31) Mondher Sfar, historien, docteur en Philosophie à la Sorbonne et anthropologue tunisien. "Le Coran, la Bible et l'Orient ancien".
(32) Odon Vallet, "Femmes et religions", Gallimard.
(33) Code de bonne conduite d'Ansarî.
(34) "Les Voies d'Allah", aux Editions Fayard.
(35) L'inverse est tout aussi vrai : l'architecture interne suit le costume, l'interaction va donc dans la radicalisation des tendances.
(36) L'habitude du voile n'est pas "culturelle", elle ne produit rien et les Occidentaux qui proclament le contraire nous crucifient. Toute tradition, au sens d'habitude, n'est pas culturelle. Le foulard n'est pas issu de la tradition, qui plus est.
(37) Emna Ben Miled, "Les Tunisiennes ont-elles une histoire ?".
(38) Idem.
(39) "Naturistes", personnes qui redonnent à la peau son rôle d'organe "filtrant" en exposant à l'air tout le corps sans exception. Cette théorie pour une santé du corps comprend que la nudité entière détruit le "secret" qui engendre lascivité et irresponsabilité du comportement. Les naturistes font la distinction entre la nudité et les conditions particulières du désir sexuel. La nudité banalisée est censée détruire les comportements pervers.