|
Retour à la
page d'accueil
|
Le
savoir-vivre arabe : corps, attentions,
intentions
par
Hawa Djabali
D'aucuns sourient
lorsqu'on l'évoque,
qui ont eux-mêmes
reçu attentions et
éducation, on le
confond parfois avec
les codes
particuliers aux
bourgeoisies
naissantes qui
frisent le ridicule
tant ils sont
fabriqués, on tire
fierté, faute de
mieux, de son état "
nature " lorsqu'on
en a été privé,
d'autres considèrent
que " cela va de soi
" et que l'exemple
suffit. Mais
lorsqu'on n'a ni
exemple, ni parole
et que la tradition
bégaie ou se vit en
contre, comment
faire ? Le
savoir-vivre…
Il faut un certain
courage pour oser
parler d'un
savoir-vivre émanant
de pays actuellement
totalement dévastés
par les grandes
puissances
d'intérêts
internationaux, par
des pouvoirs
nationaux vendus ou
impuissants, pays
pour lesquels la
dernière barbarie en
vigueur ne voudrait
surtout pas d'Union
et donc, le moins
possible d'identité
commune en fait de
sociabilité. La
croissance
démographique, la
pauvreté, le
désespoir chronique,
les conditions
d'habitation, le
manque d'eau, la
télévision locale et
occidentale dans
toute la débilité du
règne américain,
l'invasion d'objets
de consommation
inadéquats, les
effets secondaires
des colonisations,
le simulacre de
scolarisation, même
dans des pays où
l'école existait
déjà en des temps
fort lointains :
tout cela se
conjugue en éléments
dissolution de
cultures qui
persistèrent envers
et contre tout
jusque vers la fin
du XXe siècle. Tout
cela concourre à la
mise à mort de
valeurs qui pourtant
appartiennent au
genre humain e dont
l'effacement, qui
brise l'évolution et
la transformation
possible, aura des
conséquences bien
au-delà des
frontières du monde
arabe. S'il faut ce
courage pour parler
des petites choses
anodines
(apparemment) qui
constituaient un
savoir vivre (et
bien conscients,
encore une fois, que
certains le jugent
inutile), c'est,
entre autres
préoccupations,
parce qu'une
génération se lève
qui ignore jusqu'à
l'alphabet des
règles de vie en
société ; c'est
parce que les
enfants nés en
Occident ne peuvent
plus apprendre de
leurs parents (pour
cause d'amnésie
réactionnelle et de
perturbations) ce
qu'on appelait "
tradition de vie ",
c'est que le
savoir-vivre du pays
qui est le leur à
présent, la
Belgique, ne leur
édicte pas
clairement le sens
du savoir-vivre : il
faut donc des traces
de ce qui fut et
persiste encore,
malgré tout. Il faut
comprendre aussi
qu'entre deux
usages, deux
savoir-vivre qui
parfois se
contredisent, les
personnes arabes en
Occident, ou sous
influence
occidentale dans
leur propre pays, ne
savent plus très
bien " sur quel pied
danser ". Du côté
des Européens
autochtones,
connaître cette base
peut être utile à
une meilleure
compréhension des
attitudes, souvent
inconscientes de
leurs racines, des
nouveaux Belges
qu'ils fréquentent.
C'est délibérément
que nous ne
tiendrons pas compte
des superstitions
diverses ou des
règles suivies par
tel ou telle
pratique religieuses
au sein de la
culture arabe.
Exemples : rentrer
aux toilettes du
pied gauche, en
sortir du pied
droit, refuser de se
laver les dents et
la bouche durant un
jeûne, ne pas
embrasser une
personne d'une autre
religion pour cause
de transgression
d'interdits
alimentaires, ou
autres stupidité
infantiles, ne
relèvent pas de ce
que nous aborderons
comme " savoir-vivre
" mais trahissent
précisément les
égarements dans
lesquels une société
peut plonger lorsque
les règles mises en
place au sein d'une
culture viennent à
manquer. Nous ne
tiendrons pas compte
non plus des
interdits
spécifiques à chaque
groupe religieux :
ne pas manger de
viande le vendredi,
ne pas manger de
viande de porc, font
référence à un autre
sujet. Chrétiens,
druzes, juifs,
musulmans et laïques
arabes ont, jusqu'à
ces dernières
décennies, admis, en
gros, les mêmes
valeurs de vie en
société. Nous ne
portons pas de
jugement sur le
répertoire que nous
vous proposons ici :
nous recueillons,
simplement. Le sujet
mériterait au moins
une thèse de
doctorat, une
publication, faute
de quoi nous
demandons pardon au
lecteur de ce très
bref, et forcément
incomplet, schéma et
espérons pouvoir
lire un jour une
véritable étude sur
le sujet.
La relation au
corps, les positions
corporelles
La propreté physique
est presque
obsessionnelle dan
un monde qui, très
rapidement, décela
(dès les ancêtres
culturels
mésopotamiens et
égyptiens) la
relation entre la
maladie et la
souillure. La
relation établie
entre propreté
physique et propreté
morale favorisa
souvent un ancrage
de la première comme
si le " lavage "
extérieur avait un
effet direct sur le
comportement. Ce qui
nous valut la
protestation du
prophète Issa
(Jésus) qui traita
les pharisiens de "
sépulcres blanchis "
ou la sacralisation
des ablutions chez
les musulmans qui,
faute d'eau propre,
peuvent utiliser du
sable propre ou un
galet. L'eau de la
toilette ne doit pas
toucher de nouveau
le corps après
l'avoir purifié :
considérée, à juste
titre, comme
souillée, le corps
ne doit pas y
rester, ni une autre
personne l'utiliser.
C'est ce qui
explique que la
baignoire soit
utilisée comme une
simple douche : le
bain savonneux fait
horreur. Dans les
régions privées
d'eau, on peut se
laver le corps avec
très peu d'eau en
suivant cette règle
stricte, appliquée
naturellement,
machinalement :
l'eau ne touche pas
deux fois le corps.
La salle de bain
ancienne ou le bain
collectif divisé par
l'horaire u le lieu
en féminin et
masculin, est un
lieu pavé de larges
dalles de pierre ou
de marbre ou
simplement carrelé,
chauffé (ou non
suivant le besoin),
pourvu d'une
évacuation,
comportant soit un
petit bassin d'eau
chaude où puiser
l'eau, accompagné de
la tassa (objet de
cuivre plus ou moins
grand qu'on emplit
d'eau pour se
doucher), soit un
briq (grande
aiguière, de cuivre,
à l'origine) calé en
hauteur sur deux
barres, soit un
robinet avec sa
tassa, soit une
douche. On ne se
plonge dans une
piscine, dans un
bassin, dans un
bain, qu'une fois
soigneusement lavé,
rincé. La toilette
en plein air près
d'un point d'eau
obéit aux mêmes
règles : on prend de
l'eau dans un
récipient assez loin
du ruisseau ou du
puits, on se lave et
éventuellement se
savonne et se rince
avant de se tremper
dans le cours de
l'eau, dans la
guelta (pièce d'eau
au désert ou très
petit lac) ou le
bassin. En effet,
l'eau sale doit se
purifier dans la
terre et ne pas
polluer l'eau
propre.
Laver le voyageur
qui arrive après une
longue route est un
devoir. Aujourd'hui
on propose une
douche, autrefois,
une femme pour une
invitée ou un très
jeune homme ou une
femme âgée pour un
homme, assistait
l'hôte et versait
l'eau. Laver les
mains et les pieds
des gens qui vous
visitent n'est pas
humiliant, ni pour
l'un, ni pour
l'autre. Par
respect, ce sont les
plus jeunes qui
s'occupent des plus
âgées, mais en
certaines
circonstances, le
maître ou la
maîtresse de maison
peuvent s'en
charger, et même,
prendre l'aiguière
des mains du servant
ou du plus jeune
pour une personne
vénérée (homme ou
femme). Par exemple
: cette belle image
du texte chrétien où
le prophète
palestinien lave
lui-même les pieds
de ses disciples.
Les toilettes dans
les villes sont
proches du lieu de
la douche mais un
robinet, un seau et
une tassa spéciale
au lieu, une cruche
ou une bouteille
remplis d'eau y sont
toujours déposés
pour la toilette
intime. La fonction
naturelle accomplie,
un lavage soigneux
est de mise. Avant
l'usage du papier
hygiénique l'une des
méthodes consistait
à préparer des
boules de terre
séchées de la
grosseur d'un
citron, qui devait
absorber toute
impureté, toute
humidité avant le
lavage à l'eau.
Faute de papier ou
de boule de terre
préalables, la
technique consiste à
" jeter de l'eau "
sur la partie
souillée avant
d'opérer un lavage
convenable. Malgré
l'obligatoire lavage
des mains qui suit,
le lavage s'opère de
l main avec laquelle
on ne porte pas la
nourriture à la
bouche, en principe
la main gauche. Cela
explique pourquoi
l'on interdit aux
enfants de saluer de
la main gauche (et
pourquoi ils
cherchent, par
moquerie méchante, à
offenser l'étranger
en lui tendant
celle-ci !). Pour
demander de passer
aux toilettes, on
demande " le bain "
ou " à se laver ".
L'hôtesse doit
montrer les W.C. et
la salle d bain en
réponse. Les lieux
portent le nom de "
bain " ou " maison
de l'eau " ou " lieu
de repos ".
Dans la nature, un
homme doit
s'agenouiller pour
uriner afin de
n'offrir, fut-ce par
l'ouïe,
l'indélicatesse d'un
jet tombant de haut.
On n'urine pas
contre une plante,
un arbre, ni le mur
d'autrui : " on
n'est pas des chiens
", disait la
grand-mère ; on
n'urine jamais dans
une rivière ou un
cours d'eau. On
creuse un peu le
sable ou la terre et
l'on recouvre du
bout du pied. Dans
les lieux où il est
impossible de se
dérober au regard
(désert de sable,
steppe plate), on
s'écarte des autres
et les femmes
s'accroupissent en
étalant très
largement leur jupe
(ou grande robe)
autour d'elles après
avoir fait un creux
dans le sol du bout
du pied, qu'elles
recouvrent ensuite.
Les femmes, parfois,
vont satisfaire aux
besoins naturels
ensemble (dans
certains lieux
ruraux où elles se
glissent au dehors
au crépuscule,
emportant de l'eau
avec elles) et ne
voient rien de
choquant à continuer
la conversation. Il
n'est pas convenable
de péter en
compagnie. Roter,
après avoir bu, se
fait discrètement
derrière la main,
comme la toux ou le
bâillement.
L'éternuement, s'il
ne peut être retenu,
se fait dans un
mouchoir ou un pan
du vêtement.
Contrairement à ce
que beaucoup de gens
croient, cracher
n'est pas bien vu du
tout : cela doit se
faire dans un lieu
où il y a de l'eau,
où l'évacuation est
possible, ou sur la
terre, à l'écart de
tous, ni sur le
chemin, ni sur les
cultures, pas dans
un cours d'eau ni
une guelta, pas dans
un mouchoir pour ne
pas garder sur soi
la souillure, au
grand jamais devant
une dame.
Le savon, ancêtre du
savon de Marseille,
est connu depuis
fort longtemps des
Arabes ; le savon
d'Alep est toujours
particulièrement
apprécié. Toutefois,
la façon " correcte
" de se laver
consiste à faire
gonfler les peaux
mortes qui
recouvrent
l'épiderme dans un
endroit très chaud
et très humide, à
passer un galet de
mer poli ou un gant
de tissu raide et
fin " kassa " sur le
corps afin de
détacher ces peaux,
de se rincer puis de
passer rapidement du
savon, ou pas si
l'on préfère une
argile dénommée "
rassoul " ou " t.fel
" fondue dans l'eau
chaude, agrémentée
d'eau de fleur, de
poudre de girofle ou
d'essence végétale.
On laisse sécher un
peu de cet enduit,
qui peut être solide
et se passer en
boulette sur la peau
comme du savon, puis
on rince bien. Il
était de coutume de
passer une huile
parfumée sur le
corps même après la
simple douche du
coucher du soleil.
Même en dehors de
l'exigence des
ablutions, la
toilette du corps
entier se faisait au
moins deux fois par
jour. La technique
vaut pour les hommes
comme pour les
femmes (un
témoignage écrit
prouve qu'au Xe
siècle, une ville
comme Bagdad
comptait beaucoup de
bains publics).
Sauf, dans certaines
traditions, pour les
adolescents (filles
et garçons) pas
encore mariés,
l'épilation est
toujours un signe de
respect des autres.
Le coiffeur épile
aussi la barbe, les
oreilles, on veille
à ne pas avoir de
poils qui dépassent
du nez… Il n'y a pas
si longtemps, on
épilait les parties
intimes par respect
du conjoint : les
femmes et les
hommes. Les
aisselles sont aussi
des zones qu'un
homme convenable
rase ou épile. Les
femmes le faisaient
systématiquement,
soit avec de la cire
d'abeille, soit avec
un mélange de sucre
et de jus de citron
judicieusement cuit,
puis pétri. Les
femmes épilent le
visage, la courbe
sous les sourcils.
Elles épilent
toujours leurs
jambes depuis des
temps immémoriaux.
En certains temps,
dans certaines
traditions, même le
crâne était rasé ou
épilé, même chez les
femmes. On utilisait
perruques ou
turbans. C'était une
bonne réponse au
risque de parasites
que l'on hait (poux
de cheveux ou de
corps). Les ongles
sont limés ou coupés
assez courts. Les
ongles longs étaient
signe de négligence
corporelle.
On doit se parfumer,
sauf manque de
moyen. On peut le
faire avec une
essence de fleur ou
avec une huile ou
une pommade, et,
pour les femmes, en
portant un collier
composé de perles de
pâte de parfums
minéraux ou végétaux
ou en brûlant sur un
brasero encens
minéral, pâtes
végétales, graines,
épices ou zestes de
fruits, pour en
imprégner les
vêtements. Se
parfumer est une
marque de politesse.
Se teindre les
cheveux et la barbe
s'est longtemps
pratiqué pour les
hommes. Une femme
vieillissante fait
une bonne action en
teignant
régulièrement ses
cheveux avec du
henné ou autre
préparation dans la
mesure où " elle
évite à ses proches
et surtout à ses
enfants la peine de
la voir mal vieillir
". C'était perçu
comme une délicate
attention bien que
les cheveux blancs
attirent le respect.
Le maquillage
féminin a toujours
été aimé, parfois
interdit par les
religions. Le khôl,
ou antimoine noir
argenté ou bleu
marine pour noircir
les yeux, parfois,
discrètement la
lèvre inférieure, le
henné, surtout sur
les mains et les
pieds, la pierre de
vermillon pour les
joues, l'écorce de
noyer ou " souak "
pour rougir les
gencives et les
lèvres, certains
safrans ou autres
pistils, es poudres
d'argiles rouges et
jaunes, le kaolin
blanc, ont précédé
les maquillages
modernes. Les
miroirs, d'abord en
métal poli, ont
toujours eu leur
place. Les Arabes
aiment les bijoux,
les religions ont
tenté de réfréner
cette tendance,
surtout pour les
hommes.
En dehors de
l'intimité
amoureuse, il est
malséant de montrer
son corps et ses
cheveux ou son
crâne. Une certaine
familiarité
familiale peut faire
que l'on voit son
père avec le turban
de travers ou sans
turban, ou sans
châle sur la tête,
ou sans calotte,
mais dans
l'ensemble, dès
l'âge adulte, on
épargne à autrui la
vision de son
intimité. Se couvrir
la tête est un signe
de bonne tenue,
d'hygiène 'éviter
les longs cheveux
dans le pain ou le
plat, ne pas
répandre les
pellicules du cuir
chevelu, etc.). Le
travail manuel
parfois modifie la
donne, mais, dès la
tâche achevée, on se
" couvre ". Les
vêtements arabes,
contrairement aux
vêtements orientaux,
sont larges et très
ouverts. On aimait
peu jusque récemment
les sous-vêtements
près du corps
(slips, culottes),
parce que si quelque
sécrétion, goutte
d'urine, souillure,
les entachent, ils
restent au contact
du corps jusqu'à ce
qu'on en prenne
conscience et en
change et cela est
ressenti comme
malpropre. Les
grandes tuniques
masculines, les
vastes voiles
féminins
permettaient de
dissimuler en public
des vêtements qui
facilitaient la
bonne aération et le
mouvement mais
laissaient voir trop
de peau durant ce
mouvement. Le crâne
est un endroit
sacré, intime : on
marque une tendresse
très respectueuse à
quelqu'un d'âgé ou
de vénérable (homme
ou femme) en
l'embrasant sur le
crâne, on adopte
quelqu'un de plus
jeune en lui posant
la main sur la tête.
Il y a des zones du
corps qui sont
chantées ou sacrées
suivant les époques
et le culte : la
nuque par exemple.
Les femmes arabes
ont horreur qu'un
homme marche
derrière elles (sauf
fils ou époux, et
encore), elles
n'aiment pas monter
un escalier en
précédant un homme.
Afin d'éviter de les
mettre mal à l'aise,
il était de bon ton
qu'un homme précède
une femme, lui
indiquant par là
qu'il renonçait à
fantasmer sur ses
hanches, ses fesses
ou sa nuque. C'était
donc une marque de
respect. La
chevelure (longue
évidemment) rend les
hommes fous. Pour ne
pas les " allumer ",
les femmes évitent,
sauf dans
l'intimité, de
déployer leur
chevelure (il n'y a
pas si longtemps,
longue assez souvent
jusqu'aux
chevilles). Même de
célèbres poèmes,
telle l'histoire de
Qaïs et Leyla,
montrent à quel
point voir une femme
se coiffer ou être
coiffée peut
(pouvait) troubler
un homme.
L'intérieur des
poignets, la main
maquillée de henné,
les chevilles
(parées de
bracelets) sont
hautement érotiques.
Mais par-dessus
tout, les yeux sont
des trésors : il
arrive qu'un homme
supplie une femme de
les dissimuler pour
lui épargner la
souffrance d'un
désir irrépressible.
Et tout ceci
apparaît comme
valeurs normales et
établies. On ne
nomme pas la bouche
d'une femme,
d'ailleurs, pour les
hommes comme pour
les femmes, il est
parfaitement
inconvenant de faire
allusion, même de
façon détournée, à
une partie du corps
de l'autre. Offrir
un simple foulard à
une femme, de la
part d'un homme,
sous-entend soit une
intimité familiale,
ou d'adoption, soit
un engagement
amoureux qu'on fait
souvent parvenir par
une autre femme.
Comme les Arabes
sont réalistes, ils
sont bien conscients
que le désir sexuel
concerne en premier
lieu le postérieur :
il y a donc une
série d'attitudes
qu'on évitera en
présence d'hommes,
de façon générale.
Ne pas frotter le
sol ni s'occuper des
plantations, ne pas
se coucher sur le
ventre, etc. Mais la
règle valait aussi
pour les hommes plus
jeunes en présence
d'hommes plus âgés.
Il n'est pas
malséant de
s'étendre, en
famille ou en
public, dans la
salle commune mais
on ne présente
jamais son
postérieur à
l'assemblée, on
s'allonge sur le
côté, face aux
autres, que
l'assemblée soit
mixte ou pas, le dos
près du mur. Il est
également malséant
de présenter ses
pieds près de la
tête de quelqu'un
qui se repose. La
formule convenable
étant : tête près
d'une tête, pieds
près des pieds. On
ne peut pas
s'allonger sur le
dos en public,
surtout pour les
femmes. La bonne
position, dans tous
les cas, reste le
côté et, dans
certaines sociétés,
le côté gauche.
Très longtemps,
avant les notions
injectées par les
colonialismes
occidentaux, la
poitrine de la femme
qui allaite ne posa
aucun problème. Les
religions luttèrent,
parfois en vain,
contre le "
décolleté " qui,
n'étant pas "
malséant ", revint,
sporadiquement,
inévitablement, à la
charge. Pour les
filles et les fils,
la poitrine
maternelle restera
toujours d'accès
libre, même grands.
Ce sont les
chrétiens arabes qui
ont réussi le plus à
entraver la libre
expression des
poitrines abondantes
ou victorieuses qui
débordaient toujours
un peu ou se
montraient sous des
étoffes trop fines ;
la mode occidentale
importée a résolu
les problèmes
religieux avec ses
vêtements à manches
étroites et ses
robes haut fermées.
La poitrine féminine
parle de douceur, le
torse masculin de
protection et l'on
n'hésite pas à les
nommer si le
contexte n'est pas
d'ordre sexuel. Le
ventre ne se nomme
pas facilement :
menstrues ou
problèmes
intestinaux, l'o
dira qu'on a " mal
l'estomac ".
Les pieds sont en
général, en position
assise, dérobés sous
les vêtements.
Exhiber ses pieds
dans un salon est du
plus mauvais goût.
Il est évident
qu'ils sont
débarrassés des
souliers qui
apportent avec eux
la pollution de la
rue (poussière,
crachats séchés,
fiente ou excréments
d'animaux, eaux
sales, etc.). On se
lave les pieds
presque aussi
souvent que les
mains. Assis, on
dissimule les pieds
comme les jambes. On
s'assoit jambes
repliées (ce que la
langue française
appelle " en
tailleur " mais les
genoux sont
confortablement
appuyés sur le sol
et le sacrum par
contre, ne le touche
pas) ou agenouillé
sur ou entre les
talons, ou, pour les
élégantes
d'autrefois, un
genou sur l'autre,
les pieds de chaque
côté du corps, ou
assis à côté des
deux jambes
repliées.
L'essentiel étant de
ne pas " s'étaler ".
Se tenir droit était
une exigence et une
vertu,
l'affaissement, sauf
pour les personnes
très âgées, étant
considéré comme un
signe de faiblesse
morale ou de mépris
affiché pour le
visiteur.
Le face à face et
l'impair
En règle générale,
on ne doit pas
détailler une
personne placée en
face de vous,
n'accorder aucune
attention à ses
vêtements, et
surtout ne pas fixer
son regard sur les
parties intimes même
si, par exemple, la
mode occidentale,
qui ne recouvre pas
le pantalon, expose
particulièrement les
hommes à retenir les
yeux sur le devant
de leur personne. Si
quelqu'un possède
une anomalie, faire
comme si de rien
n'était. Si un
visiteur commet une
erreur, faire comme
lui, ou dire que
cela n'a aucune
importance (misère !
même s'il a tenu à
garder ses souliers
malgré vos
propositions appuyés
de " se mettre à
l'aise " et qu'il
piétine allègrement
avec la crasse de la
rue vos tapis si
soigneusement
entretenus et vous
donne la nausée en
exposant ses
semelles au moment
du repas), la règle
est stricte,
l'hospitalité est
sacrée. Mais, sans
l'effrayer, on peut
aussi le déchausser
soi-même, lui laver
les pieds ou le
faire manger si l'on
considère qu'il est
à l'état sauvage ou
semblable à un
enfant.
Convivialité,
messages codés
Avant l'invasion
occidentale, le
siège en hauteur,
banc ou sofa, était
assez large pour
qu'on puisse replier
les jambes et assez
long pour s'y
installer à
plusieurs. Souvent,
proposer un siège "
haut " pour trôner
dans une assemblée
est une marque de
respect. La chaise a
bouleversé les
proportions
architecturales, la
hauteur des fenêtres
(les peintures qui
montrent les
Occidentaux
vainqueurs après la
prise de l'Alhambra
à Grenade font
ressortir
l'inadéquation entre
le manque du sens du
confort des nouveaux
occupants dans un
lieu conçu par des
Arabes pour un
mobilier de laine
près du sol : la
hauteur des
ouvertures est très
significative). La
chaise introduite
dans la vie courante
a inventé les
douleurs dans le dos
et rompu la
proximité physique
des relations
amicales, sociales
et courtoises. Il
n'est absolument pas
critiquable, bien au
contraire, d'inviter
un hôte à prendre
place sur un tapis
ou un matelas au
sol. Les Marocains
qui vivent en
hauteur ont des
canapés et des
tables qui
reproduisent la
proportion "
sol-table basse ".
On considérait que
la bonne proportion
était que la hauteur
de la table soit
située entre le
nombril et le
bas-ventre. En bien
des lieux, le
plateau est posé sur
le sol, ou tout
simplement une
étoffe est étalée
dans un coin de la
pièce au moment du
repas. Ce qui
choque, encore
actuellement, avec
la position haute,
c'est de voir " les
jambes pendre ".
Lorsque, dans une
assemblée comprenant
des places hautes et
basses, vous voyez
quelqu'un (plus
souvent quelqu'une)
s'asseoir sur le
sol, ce n'est pas
forcément par
modestie mais plutôt
par confort. Plus
les femmes arabes
sont fatiguées, plus
elles recherchent le
sol, allant jusqu'à
descendre du matelas
lorsqu'elles sont
très lasses ou
qu'elles ont chaud
(en été, on
recherche la
fraîcheur des
carrelages qui sont
lavés à grande eau,
parfois plusieurs
fois par jour). Les
façons de s'asseoir
au sol exigeaient
des vêtements très
amples, très larges
du bas, environ un
mètre quatre-vingt
au minimum pour une
robe féminine. Les
robes se
rétrécissent quand
on passe au mobilier
occidental. Le "
fauteuil " est le
siège d'honneur des
mariés, pour que
tout le monde les
voie, du
conférencier (ou
équivalent dans le
passé), de la
personnalité
importante qu'on
veut voir et
entendre. Il est
correct de
s'accroupir, fesses
sur les talons. Il
n'est pas
répréhensible de
s'appuyer à un mur
ou à un coussin. On
peut, en société,
prenant appui sur
des coussins,
s'appuyer sur
l'avant-bras, mais
on évitera de trop
allonger les jambes.
Une autre chose qui
vient brouiller la
cohérence des
espaces, c'est
l'usage de la table
haute, fixe et
souvent plantée au
milieu de la pièce :
l'espace domestique
arabe est ouvert
sans encombrement et
le plus souvent
transformable ; on
n'est pas obligé de
prendre toujours ses
repas au même
endroit ; on change
de coin ou de pièce
(on occupe la
terrasse) suivant le
nombre de convives
et la composition du
groupe. A part la
chambre des époux
(qui, le plus
souvent, était tout
occupée par la
couche), les
éléments du sommeil
nocturne
s'installent et se
replient tous les
jours. On dort
dedans ou dehors,
sur la terrasse,
devant la porte dans
le jardin suivant la
température, la
saison et
l'occupation de la
maison. Pour prendre
place en compagnie
nombreuse autour du
plateau ou d'une
table basse,
toujours ronde ou
octogonale, on
replie une jambe (un
talon sous les
fesses ou devant le
pubis) et l'on
dépose l'autre pied
à plat devant soi,
le tibia
perpendiculaire au
sol, le genou à
hauteur de
l'aisselle. Pour
écrire ou
calligraphier, on
dressait le genou
gauche afin de
libérer le bras
droit, pour manger,
on dressait le genou
droit afin de ne pas
comprimer la poche
de l'estomac.
Prendre peu de place
est une vertu. On
plaignait les gens
qui " débordaient ",
souvent ils
faisaient l'objet de
moqueries, soit
qu'ils fussent gros
exagérément, soit
qu'ils fussent
raides, soit qu'ils
fussent imbus de leu
personne.
Se toucher, jambe à
jambe ou bras à bras
autour du plateau ou
sur un divan ne pose
pas de problème. La
proximité suppose en
effet une confiance
basée sur la famille
ou l'amitié.
En fait, envoyer une
tape sur la cuisse
de quelqu'un en
riant d'une bonne
plaisanterie, se
claquer les paumes,
le prendre par les
épaules, par le
bras, lui donner la
main, accrocher le
petit doigt au sien
en marchant,
'embrasser sur les
joues, n'avait pas
de connotation
sexuelle. Masser les
épaules d'une
personne fatiguée
est un geste normal
entre gens de la
même génération, de
bonne éducation si
la personne est
âgée. Tout cela
hormis le sentiment
ou le désir existant
ou potentiel entre
deux personnes. Ce
sont des gestes que
les amoureux ou les
gens mariés ne font
pas en public. Deux
personnes liées par
une histoire d'amour
ou de sexe,
accomplie ou pas, en
cours ou pas, légale
ou pas, possible ou
impossible, voire
éventuelle, évitent
de se regarder et ne
se touchent pas en
public. De sorte
qu'un homme peut
être blessé qu'une
jeune fille
l'embrasse sur la
joue, lui
définissant ainsi
que rien ne sera
jamais possible
entre elle et lui.
Les soins maternants
et la familiarité
sont aussi une façon
pour une femme de
faire comprendre
qu'elle n'est pas
libre ou pas
disposée à une
probabilité de
relation intime. Les
mots doux ou tendres
n'ont pas de
connotation sexuelle
s'ils sont utilisés
en public, ils sont
même appréciés entre
homme, entre femmes
et entre hommes et
femmes ; seuls les
amoureux et les gens
mariés ne peuvent
pas les utiliser en
public entre eux :
ils auront recours à
la correspondance ou
attendront
l'intimité de la
chambre à coucher,
ou le lieu dérobé de
leurs amours
clandestines. Les
appellations
courantes de " fils
" ou " père ", "
grand-père " dont on
use même avec des
étrangers que l'on
côtoie, confirment
la négation d'un
désir possible. Par
contre, les
appellations de "
frère " ou bien plus
de " cousin " ne
posent aucune
restriction
ultérieure. C'est
pourquoi une femme
peut nommer, dans
les milieux paysans
traditionnels, "
fils " un homme du
même âge qu'elle si
elle est déjà mère.
L'homme répondra en
la nommant " petite
mère ". Pour une
jeune fille, aller
se réfugier sous le
manteau ou le
burnous d'un homme
âgé, chef de
famille, était une
façon de demander
justice ou pitié et
protection, là
encore le geste
n'avait rien
d'intime. On
embrasse sur le
dessus de la main,
sur l'épaule, sur la
tête, ou on embrasse
un pan du vêtement,
en signe de
tendresse, de
respect,
d'admiration, de
gratitude.
L'attitude des
seigneurs de qui on
embrassait le dessus
et la paume de la
main a toujours été
trouvée répugnante,
même par les peuples
qui s'y soumettaient
: baiser une paume
en dehors du geste
amoureux est un
signe de soumission
exagéré qui ne plaît
guère aux peuples
arabes. Durant les
fêtes ou les
assemblées, les
hommes dormaient
avec les hommes en
rangs d'oignons, les
femmes avec les
femmes. Les femmes
en particulier
n'aiment pas dormir
ni manger ni se
laver seules : on
trouve toujours une
parente, une amie ou
une voisine avec qui
" vivre " la journée
ou la période de
solitude forcée. La
" grande famille "
d'autrefois
résolvait le
problème : si les
hommes
s'absentaient,
filles, mères,
belles-mères et
belles-sœurs
s'organisaient entre
elles. Le fait de
partager le même lit
entre hommes et
entre femmes n'avait
pas non plus de
connotation sexuelle
au niveau de la vie
sociale. Il pouvait
même arriver
exceptionnellement
qu'en certaines
circonstances un
homme et une femme
étrangers l'un à
l'autre doivent se
retrouver seuls à
passer la nuit dans
la même chambre ou
dehors ou dans un
abri quelconque,
auquel cas ils
dormaient habillés,
desserrant leur
ceinture sans l'ôter
(car la ceinture
dénouée, retirée,
est semblable
symboliquement à la
nudité dans bien des
sociétés), ils
s'appelaient frère
et sœur, la femme
s'installait avant
qu'il n'entre, ou il
tournait le dos,
elles se recouvrait
entièrement, puis
l'homme se couchait
en lui tournant le
dos. Cette pratique
d'urgence a survécu
aux lois religieuses
et bien des hommes
traditionnels arabes
la respectent
encore, de même que
celui qui n'a pas
trouvé où dormir le
crépuscule tombé,
peut encore espérer
l'hospitalité au
sein d'une famille
traditionnelle.
Dans un espace
donné, intérieur ou
extérieur, l'invité
reçoit la place
d'honneur, en
général centrale,
afin de lui exprimer
l'intérêt qu'on lui
porte.
Vivre ensemble
Il n'est pas de bon
ton de tenir
exagérément à ses
affaires courantes,
l'avarice amène la
moquerie, la
générosité est la
vertu suprême,
donner ce que l'on a
de mieux aux invités
est normal même au
prix de privations
familiales. On
pourrait résumer en
disant que les
Arabes sont
persuadés que l'on
est riche que de ce
que l'on donne (sans
jugement moral, du
renoncement le plus
pur au " m'as-tu vu
" le plus
exécrable). Le
partage est de mise
(était de mise,
jusqu'à récemment).
L'attachement aux
objets est
méprisable mais le
vol insupportable,
inqualifiable. Une
personne qui dérobe
ne trouvera aucune
alliance dans une
société éduquée
parce que cela
n'entraîne aucune
pitié. On accepte
sans blâme la
mendicité en cas
extrême, mais pas le
vol. Les personnes
les plus estimées
sont celles à qui
l'on peut faire
confiance,
totalement. La
description arabe de
la société idéale
est la suivante : "
Un pays où une jeune
fille vierge, belle
et nue, pourrait
traverser désert,
montagnes et villes
avec une cassette de
diamants, de rubis
et d'or sur la tête
et arriver saine et
sauve chez sa tante
qui l'attend ". La
rancune est
méprisable : " Ce
qui est passé est
mort ". La largesse
et le pardon sont
répertoriés comme
l'apanage des forts.
Une personne en
faiblesse ou de
petite condition
humilie profondément
quelqu'un qui se
juge d'une condition
ou d'une force
supérieure en
l'accablant de son
pardon. Une femme
peut humilier une
rivale en amour en
lui " jetant l'homme
dans les gencives
comme un os à un
chien ", quitte à le
pleurer toute sa vie
mais elle aura sauvé
sa dignité.
Il n'est pas
convenable de louer
exagérément
quelqu'un, plus la
louange est discrète
et bien envoyée,
mieux elle est
perçue. En
particulier, les
enfants si fragiles,
si difficiles à
élever, peuvent
recevoir des preuves
d'amour mais pas
d'admiration.
Certaines
superstitions se
sont greffées sur
cette expérience
dure de la vie qui
vous enlève qui on a
de plus cher, qui
balaie la beauté, la
santé d'un jour par
la maladie du
lendemain…
L'enfant était sous
la responsabilité de
tous, même de
l'étranger qui
devait intervenir
pour empêcher une
sottise ou un
danger. Il faut le
nourrir, le soigner,
le rassurer si sa
mère est absente,
c'est une loi de
voisinage. On est
responsable de ses
voisins. Dans
certaines sociétés,
jusqu'à la
quarantième porte.
Tout ce que l'on
doit, comme
assistance et soins,
comme attention, à
sa famille, on le
doit à ses voisins.
La loi de la
réciprocité est en
vigueur.
Il était admis pour
les visites, que
durant trois jours,
il fallait se
comporter en invité,
ne rien oser
toucher, se laisser
nourrir et gâter,
sauf personnes de la
famille proche, ou
sympathie immédiate.
Au bout des trois
jours il fallait
impérativement
participer aux
dépenses, aider à
faire la cuisine et
le ménage sous peine
de devenir un
fardeau et de se
faire critiquer ou
détester. Une
personne âgée n'est
évidemment pas
concernée par cet
usage. L'hôte,
l'invité, à peine
arrivé, reçoit l'eau
florale ou l'eau de
toilette (souvent
citronnée) en signe
de bienvenue. La
possibilité de se
laver restant le
premier des dons. Il
convient évidemment
d'être soi-même
toujours en " état
d'offrir cette
hospitalité " : "
Lave ton visage, tu
ne sais qui peut
l'embrasser et
nettoie ton seuil,
tu ne sais qui va le
franchir ".
Celui qui demande
protection reçoit
l'hospitalité ;
auquel cas, même
ennemi, il devient
intouchable. La
famille qui le
reçoit devient
responsable de lui.
Longtemps, un
certain nombre de
choses ne pouvaient
pas appartenir en
propre à quelqu'un :
l'eau, la terre
cultivable, les
pierres, l'argile,
les roseaux (à titre
d'exemples). Ils
pouvaient appartenir
à un groupe, tribal
ou familial ou de
voisinage, par
décret ou par usage.
Dans une même
maison, les objets
usuels sont
difficilement "
privés ". Les
vêtements se
prêtaient assez
facilement ou
s'empruntaient pour
des besoins précis.
Les bijoux se
prêtaient en
famille, se louaient
hors famille pou
certaines occasions.
La notion de public
et de privé est
délicate : pour un
artiste, musicien ou
calligraphe, ou
autre, prendre
l'œuvre de quelqu'un
d'autre comme base
ou partie de sa
propre œuvre, c'est
lui rendre hommage,
lui faire honneur.
C'est aussi
s'inscrire de juste
façon dans la
tradition. Attribuer
ses propres œuvre au
nom d'un grand
maître, même décédé
depuis longtemps, se
comprend lorsqu'on
redoute un pouvoir
assassin
pourchassant
penseurs et artistes
(ce qui fut le cas
pour toutes les
religions nées au
Moyen-Orient qui
toutes furent
excessives et mirent
à plat la culture et
la pensée à
certaines périodes
de l'histoire). On
peut aussi faire
quelque chose " à la
façon de… ", chaque
artiste prenant et
apportant, et se
fondant et
nourrissant ce qu'on
appelle tradition
culturelle. Les
affaires de sexe se
discutent et
s'avouent assez
facilement, sans
honte, sans
opprobre, entre
hommes ou entre
femmes, ou même
entre homme et femme
s'ils sont
confidents et amis
avec une
impossibilité de
désir, de fait ou
décidée entre eux :
les affaires de cœur
ne se confient pas
(ou très rarement).
La grande pudeur est
sentimentale. La
seule intimité
reconnue est celle
du couple : sous la
tente ou en ville,
on s'arrange pour
que le couple
procréateur soit
isolé la nuit.
Lorsqu'on manque
d'espace, les
couples plus âgés et
les célibataires se
serrent pour laisser
" l'espace nuptial
". C'est un manque
d'éducation que
d'entrer dans la
chambre à coucher
d'une femme mariée,
sauf invitation à
une autre femme.
C'est impensable
pour un homme, même
de la même famille.
Cette loi est
souvent mise à mal
par les belles-mères
qui, au nom des
impératifs de la vie
courante (rangement,
repassage ou autre)
enfreignent le code
et qui encourent
alors les reproches
de la famille de la
bru, du voisinage,
des amies… Pour leur
mauvaise éducation !
Prier, se laver,
manger, lire, rêver
: tout cela se fait
en compagnie.
Seules, les
histoires galantes
se cachent et ne
trouvent que bien
rarement des espaces
" privés ". Ceci
dit, malgré trois
grandes religions,
les Arabes,
profondément, n'y
voient pas de mal :
les histoires
d'amour, si possible
d'amours
impossibles, ont
hanté les époques et
les lieux arabes.
Ces histoires ne
sont pas classées
dans ce qui est "
malséant " mais
plutôt dans ce qui
est " interdit " et
la nuance est de
taille ; c'est
pourquoi on continue
de chanter les plus
célèbres.
Il n'est pas
convenable de poser
des questions à un
inconnu ou à un
invité. Il n'est pas
convenable de
regarder quelqu'un
manger, surtout s'il
est hébergé. Il
n'est pas admis de
manger en public, au
nez de ceux qui ont
faim ou alors on
partage avec les
présents. On ne peut
pas vraiment admirer
à voix haute un
objet dans la maison
sous peine que la ou
le propriétaire ne
soit dans
l'obligation de
l'offrir. Admirer
une demeure, en
faire compliment à
la maîtresse de
maison peut faire
plaisir, mais il ne
faut pas exagérer.
Recevoir quelqu'un
en grande pompe
n'est pas
convenable, c'est
qu'on veut lui faire
comprendre combien
il est étranger ou
bien que l'on
souhaite l'humilier.
Tout est dans la
mesure : par
exemple, si l'on ne
vit pas avec sa
belle-mère,
l'accueillir avec
tout le soin qu'on
apporte à une
étrangère est vexant
pour elle, elle doit
à la fois être
servie et participer
à la vie familiale,
ce qui n'est pas
toujours simple.
L'hospitalité
tapageuse entraîne
le reproche : elle
est signe de
domination sur celui
que l'on reçoit. Les
ennemis bénéficient
d'un accueil on ne
peut plus soigné et
les sages en font la
remarque en
rappelant que tous
les squelettes se
ressemblent et que
se donner autant de
mal pour dominer
n'est peut-être pas
nécessaire.
Il est normal
d'arriver avec un
cadeau en visite. Le
cadeau sera ouvert
après le départ du
donateur. Si l'on
amène une
nourriture, une
pâtisserie, cela ne
sera pas servi
durant la visite,
sauf proximité
d'amitié ou de
voisinage (car on
est souvent plus
familier avec les
voisins qu'avec la
famille qui habite
ailleurs). Il est
naturel d'être
parfumé et de
repartir les mains
pleines. La règle
générale lorsqu'on
vous amène une
assiette ou une
marmite de
nourriture, c'est de
rendre le récipient,
un peu plus tard,
avec quelque chose
de valeur moindre
que le contenu reçu,
sous peine de vexer
le donateur. La
règle absolue pour
bien recevoir, c'est
le confort : même
pauvre, il est
important de veiller
à l'hygiène, à une
pièce pourvue de
coussins à une
nourriture préparée
avec soin, fut-ce
seulement du pain et
surtout, ne pas
laisser les gens
avoir soif. La
chaleur de l'accueil
fait à peine partie
du savoir-vivre en
tant que code de
société, on dit
couramment " qu'une
pierre dans la main
d'un ami vaut mieux
qu'une pomme de la
part de celui qui
vous dédaigne ". Les
personnes
chaleureuses sont
appréciées non pas
en fonction du code,
mais humainement,
pour le cœur.
Les anciens
enseignaient encore
récemment
qu'au-dessus des
convenances, l'art
de vivre en son
point le plus haut
était cette
sensibilité à
l'autre, ce que la
langue française
appelle
populairement le "
tact ", cette
perception immédiate
de ce qui plaît ou
risque de chagriner
autrui. Ils disaient
aussi que celui qui
ne se comportait pas
avec savoir-vivre à
la maison, avec son
époux, son épouse ou
ses enfants, serait
toujours raide et
malvenu avec les
étrangers, parce que
peu sincère. Dans ce
registre, il est
malséant de crier,
très choquant de
frapper quiconque,
peu convenable de
bouder. L'éducation
des enfants se
comprenait en trois
phases : " Jusqu'à
sept ans,
protège-le, joue
avec lui, après sept
ans soit sévère s
nécessaire (y
compris la fessée),
après quatorze ans,
fraternise avec lui
".
Parler trop fort est
toujours mal vu, les
citadins se moquent
des paysans en
disant qu'ils se
parlent d'une
montagne à l'autre.
Parler avec les
mains est réprimé
dès l'enfance,
surtout chez les
petites filles car
c'est un manque à la
bonne éducation qui
est plus fréquent
chez les femmes. On
signale sa présence
en parlant derrière
la porte (entre gens
de la même maison) ;
si un membre de la
famille veut se
concentrer sur une
tâche difficile,
étude, calligraphie,
par exemple, on
évite de remuer
trop, de laisser les
enfants
l'interrompre, o le
laisse seul si
nécessaire. Parfois,
c respect tourne à
l'absurde (du moins
pour des mentalités
différentes) : c'est
ainsi (dans les
années 70 du siècle
dernier) qu'un homme
seul avec son épouse
en train
d'accoucher, loin de
quiconque, la
suppliait derrière
la porte de la
laisser entrer pour
l'aider, pleurait,
mais arrêté par une
interdiction ferme,
puis par un verrou
avant l'expulsion du
bébé, elle ne
voulait pas qu'il la
voit accoucher,
resta derrière la
porte jusqu'à ce
qu'elle eut
emmailloté le
nouveau-né, ait
nettoyé le sang et
passé une robe
propre ; elle disait
fièrement en suite
que son mari était
très " civil ", dans
le sens de civilisé
et " qu'il l'avait
laissée accoucher
sans entrer, sans
briser la porte ".
On disait que si une
femme (sans revenus
personnels,
travaillant pour sa
famille à
l'intérieur de la
maison ou aux
champs) devait
demander des
sous-vêtements, de
la nourriture ou
quoi que ce soit de
nécessaire à son
mari, c'est que
celui-ci " était
délicat comme un
sanglier " ou "
prévenant comme un
dromadaire "
(suivant les
régions), partant du
principe que celui
qui est responsable
de la famille doit
précéder la demande,
être assez
observateur pour
savoir ce qui
convient et ce qu'il
est possible
d'offrir pour faire
plaisir suivant les
moyens matériels. Si
c'est la grand-mère,
comme en certaines
régions, qui détient
les provisions et
les biens, c'est à
elle de prévenir les
besoins ? On
respecte
profondément les
chefs de famille de
qui on peut dire "
sa femme n'a pas
besoin d'ouvrir la
bouche ". Dans le
savoir-vivre, ce
sont surtout les
hommes qui sont
raillés pour leurs
défauts ou leur
ignorance, mais on
est sans pitié pour
la femme qui manque
à l'hospitalité,
celle qui est
indiscrète, celle
qui colporte des
ragots. Le respect
dû à qui vous
enseigne est
immense, les marques
doivent en être
visibles : "
Lève-toi pour le
professeur et
présente-lui tes
louanges, le
professeur aurait pu
être un prophète "
(dans le sens que si
le prophète enseigne
la religion, le
professeur t'ouvre à
toutes les
sciences).
Comme devant ses
parents, tenir les
yeux baissés devant
qui vous enseigne
est un signe de
reconnaissance, de
gentillesse (ce que
des enseignements
religieux
transforment en
soumission).
L'extérieur
Par rapport à la
femme qu'il
accompagne, un homme
lui laisse toujours,
dans la rue, le "
bon côté ",
c'est-à-dire vers le
mur, les maisons.
Lorsque deux
personnes se
croisent, la plus
jeunes prend le
milieu du chemin ou
de la rue. S'il
s'agit d'un homme et
d'une femme, sauf
fillette et homme
très âgé, c'est
l'homme qui prend le
milieu de la rue (la
cause en était-elle
l'égout central ? Le
danger des montures
? En tout cas, cette
règle, actuellement
en situation d'oubli
trouverait raison à
notre époque à cause
des voitures).
Lorsqu'il y a
trottoir ou
surélévation,
l'homme bien éduqué
descend pour céder
le pas à la femme.
En certains milieux
et certaines
époques, les femmes
se tournent vers le
mur ou le paysage,
souvent en saluant,
parfois pas. La
politesse veut que
l'homme ne porte pas
le regard sur la
femme qu'il croise.
On n'appelle pas une
femme en public par
son nom, si l'on
doit crier pour
l'atteindre, on
prononce le nom de
son père ou d'un
frère à elle. Il ne
faut pas lui faire
honte en chantant
ses charmes en
public ou alors, il
faut changer son
nom. Par contre, les
femmes ne se font
aucun scrupule à
chanter les charmes
d'un homme en public
féminin, seule, la
peur de l'envie ou
de la jalousie des
autres, si un projet
amoureux dort sous
la louange, les
freinent et les
poussent à inventer
un nom.
En général, il est
toujours demandé aux
hommes de " tenir
leur regard ",
c'est-à-dire les
yeux baissés et pas
seulement avec les
femmes mais avec les
anciens. Les femmes
aussi baissent les
yeux devant les
anciens et les
anciennes, mais
lorsqu'elles
croisent un homme
étranger, elles
n'ont pas à lui
apporter
reconnaissance en
baissant les yeux,
il est mieux
qu'elles détournent
le regard si elles
ne se retournent de
tout le corps. Si un
homme doit servir de
guide à une femme
étrangère, il la
précède de plusieurs
pas. Si un homme se
trouve par
inadvertance ou
obligation dans une
pièce où il ne
devait pas se
trouver, s'il y a
des femmes ou une
femme à qui il n'a
pas été présenté, il
baisse les yeux, la
salue clairement en
l'appelant madame,
même si elle est
très jeune, et lui
demande de
l'excuser.
En voyage, une femme
seule ou plusieurs
femmes non
accompagnées
d'hommes sont
spontanément prises
en charge par le
responsable du
convoi (caravane,
bus, etc.) ou par
des passagers
masculins qui
veillent sur elles
lors des haltes,
leur apportent à
boire ou à manger si
le voyage est long
et veillent à leur
confort jusqu'à
l'arrivée. Il n'est
pas question qu'un
homme reste assis en
présence d'une femme
debout et ceci pour
une raison
physiologique qui
n'a rien à voir avec
une supériorité
quelconque : les
anciens disaient "
Tu ne peux jamais
savoir si une femme
est en puberté, en
période d'avant ses
règles pendant ses
règles, au début
d'une grossesse,
après une grossesse,
en période
d'allaitement ou en
ménopause ; les
hommes qui ont vécu
savent ce qu'elles
subissent comme
désagréments ; tu
neveux pas que ta
mère, ton épouse, ta
sœur, ton enfant,
soient exposées à
une fatigue injuste
? Fais pour les
autres ce que tu
veux qu'ils fassent
pour elles. Tu es né
d'une femme, alors,
toi l'homme, tu sais
le pourquoi de cette
conduite, le plus
jeune ne sais pas
encore, mais il
t'obéit, il respecte
toutes les femmes et
plus tard, tu lui
expliqueras… Les
femmes ont des
désagréments, ne les
obligez pas à
mendier un confort
".
Il n'est pas
franchement
répréhensible, dans
la rue, qu'un homme
se laisse surprendre
par la beauté d'une
femme et casse la
bonne conduite
d'abaisser le
regard, mais alors
il doit se rattraper
très vite en livrant
furtivement son
hommage : un ou deux
vers d'une poésie
connue qui tombent
alors comme la
justification de cet
écart de conduite !
Il est de bon ton
que, sans le
regarder la femme
dise simplement "
merci ". En aucun
cas cet homme ne
devra y voir un
encouragement, en
aucun cas il ne
devra la suivre sous
peine de tomber dans
la vulgarité et
l'injure car le
manque de retenue
avec une femme
étrangère exprime le
mépris masculin, qui
décrète que cette
femme est une femme
de mœurs légères ou
une prostituée. Les
femmes ne s'y
trompent pas et leur
réaction peut aller
de la fuite humiliée
au coup de rasoir en
travers du visage du
suiveur, suivant les
régions. Certaines
femmes pleurent de
rage ou
d'humiliation si un
homme les suit : de
tous temps ce fut
une technique pour
blesser et provoquer
un camp adverse à la
guerre (même dans le
Coran pour les
femmes du prophète
Mohamed). Si la rue
ou le sentier ne
sont plus sûrs, les
femmes refusent de
sortir et les hommes
préfèrent assumer
toutes les corvées
que de soumettre les
femmes de leur
famille aux insultes
des barbares (ce qui
rend compréhensible
à quel point, entre
autres choses, les
invasions et les
colonialismes furent
néfastes à
l'épanouissement
féminin, certaines
réactions bien
compréhensibles au
moment des faits se
changeant en
habitudes).
Le monde arabe et
méditerranéen en
général veille sur
un espace domestique
où les garçons, même
avant qu'ils ne
soient pubères, sont
astreints à des
règles bien précises
d'hygiène et de
bonne tenue. On ne
juge pas convenable
qu'ils " restent
traîner dans les
jambes des femmes "
ou squattent la
maison vide si les
femmes sont au
travail à
l'extérieur. Mais
cette règle pose
problème lorsque la
coutume de voisinage
se vide de son sens,
qu'il n'y a plus
personne pour
surveiller les
garçons " dehors ".
Les repas
Le repas doit se
prendre " sans
colère ", de même
que le pain et la
nourriture doivent
se préparer " en
sérénité ".
Longtemps la table
carrée ou
rectangulaire fut
rejetée. Le cercle
ou l'octogone est
préféré. On ne boit
qu'après le repas.
Poser les verres à
table est une
nouveauté (on ne
sait comment les
disposer, ils gênent
le plat commun). On
prépare le plat en
cuisine, prêt à être
mangé. La viande ou
la volaille se mange
à la main, un
rince-doigts est
posé parfumé au
citron ou aux eaux
florales. Le
rince-doigts n'est
pas significatif
d'une classe sociale
comme en Occident.
Les fruits sont
épluchés, la grenade
s'offre dans un bol,
en perles. Le
couteau ou tout
objet pointu était
exclu ; si l'aliment
ne se prend pas en
main, il est
découpé, préparé
pour la bouchée de
pain qui le pêchera.
Le système de la
bouchée de pain pour
puiser au plat
survit encore. Une
bouchée de pain ne
doit pas retourner
au plat après avoir
été mordue. Chaque
petit morceau de
pain, déchiré,
détaché au fur et à
mesure du morceau de
pain, chargé de
nourriture,
constitue une
bouchée, ou alors on
installe la
nourriture sur une
feuille de pain que
l'on roule et qu'on
mange peu à peu. Les
plats de céréales
(riz, couscous,
millet autres), les
bouillies, les
entremets, les
sorbets, les soupes
se mangent à la
cuiller La
fourchette apportée
avec les
colonisations
continue à poser
problème dans les
milieux
traditionnels.
Aujourd'hui encore,
manger du riz ou du
couscous à la
fourchette est une
hérésie ! Et même
une situation
ridicule assez
gênante pour les
hôtes. Autrefois, la
réaction des femmes
arabes qui voyaient
les Occidentaux
manger dans des
assiettes
individuelles était
de la pitié pour ces
pauvres gens qui,
semblables aux
enfants pas encore
propres, ne savaient
pas manger ensemble.
L'est du monde arabe
adopta plus vite que
le Maghreb les
coutumes
occidentales : ce
qui continue de
poser un certain
nombre de problèmes
d'espace et de choix
de savoir-vivre au
moment des repas.
Suivant le bon
usage, et suivant ce
qui est servi, on
mange tous ensemble
autour d'un grand
plat ou par deux ou
trois à la même
assiette. O commence
strictement par la
nourriture qui est
devant soi et l'on
avance vers le
milieu du plat. On
fait glisser les
parties délicates ou
appréciées du plat
suivant la
tendresse, les lois
de l'hospitalité ou
la personne qui se
prépare une tâche
difficile. On peut
préparer une bouchée
et la mettre dans la
bouche de quelqu'un.
Ou bien, tous les
plats sont posés en
même temps dans de
petites assiettes et
l'on puise à son gré
sans faire entrave
aux mouvements des
autres convives.
Avant l'usage du
réfrigérateur, il
fallait faire assez
de nourriture pour
que des invités de
dernière minute ne
se sentent pas gênés
de s'ajouter, et pas
trop de nourriture
afin de ne rien
jeter, car le gâchis
est considéré comme
un manque de respect
à l'effort de ceux
qui nourrissent la
famille. On place
toujours au moins un
verre ou une tasse e
plus sur le plateau
de thé o de boisson
sucrée afin que
celui qui entre par
hasard se sente
attendu et non pas
importun. On
s'échange très
fréquemment les
plats cuisinés, ce
qui fait parfois des
repas d'une grande
variété, si trois ou
quatre " maisons "
ont combiné leurs
productions. Le fait
de forcer sur la
nourriture apéritive
auprès de celui
qu'on reçoit est mal
jugé : cela laisse
entendre qu'on
cherche à lui couper
l'appétit pour qu'il
mange moins. Il faut
impérativement se
laver les mains
avant et après le
repas. Pour éviter
le déplacement et
l'attente des
convives près du
point d'eau
disponible, on fait
circuler une
aiguière et de
petites serviettes
par les grands
enfants ou n'importe
qui de la famille,
ou un jeune invité
qui se lève
spontanément (fille
ou garçon). Le
cure-dents est
d'usage courant, il
n'y a aucune
objection à
l'utiliser en public
après le repas si
l'on prend la
précaution de
dissimuler
l'opération derrière
l'autre main.
Oublier d'en
présenter aux
convives peut les
mettre mal à l'aise.
En règle générale,
on ne montre pas
l'intérieur de sa
bouche, il est
préférable de mettre
sa main devant la
bouche pour rire aux
éclats. Certaines
personnes
scrupuleuses de ne
pas gêner autrui
vont jusqu'à mettre
la main ou un pan de
turban à quelques
centimètres de la
bouche pour parler.
Le " chewing-gum "
est connu depuis
l'antiquité, dénommé
" misca " ou "
loubane " ; il
s'agit de la résine
d'une pante qui
pousse au désert Il
purifie les dents et
l'haleine. C'est une
pratique courante
qui ne pose aucun
problème à condition
de le mâcher seul ou
en compagnie de
familiers de la même
génération. Pas dans
la rue, pas dans les
endroits publics et
surtout pas devant
un professeur ou
quelqu'un que l'on
peut interroger sur
ses connaissances.
Fumer le narguilé ou
la cigarette, ou la
pipe, est considéré
comme une fantaisie
(encore un fois,
distinguons ce qui
est malséant de ce
qui est parfois
interdit, ou
désastreux pour la
santé). Il n'est pas
malséant de fumer
mais il était
inconcevable que de
plus jeunes fument
devant les grandes
personnes, les
hommes devant les
femmes (de la
famille ou non), les
femmes devant les
hommes ou en
présence d'amies que
cela incommodait
pour l'une ou
l'autre raison. Là
encore, c'était
quelque chose que
l'on faisait " entre
amis (-ies) ".
L'usage voulait que
les femmes mettent
la cigarette au
milieu de la bouche
et jamais dans les
coins. Priser était
toléré pour les
vieilles dames.
Chiquer (du tabac
bien sûr) a, par
contre, une bien
mauvaise connotation
: c'est jugé
répugnant. Boire de
l'alcool, de la
bière ou du vin
(nous n'évoquons pas
les interdits) est
une très ancienne
pratique arabe. Les
Mésopotamiens et les
Egyptiens s'y
entendaient en
bière, la
Méditerranée en vins
; l'Arabie importait
du vin de très loin
et le célèbre " Araq
" à base de blé et
de raisins, parfumé
à la gomme arabique
ou à l'anis, tient
une place importante
dans la vie sociale
de l'Orient arabe.
Que l'on boive de
l'alcool de figue,
du vin de palmier ou
tout autre chose, il
était de coutume de
ne pas faire aller
ensemble l'alcool et
le soleil. On boit
après le travail, au
crépuscule, avec
moult petites
nourritures, fruits
oléagineux (olives,
amandes, noix),
crudités,
légumineuses en
purées, en salades,
pains divers,
beignets de légumes
et autres. On boit
en famille, à la
maison, entre amis,
au café, pas seul,
c'est suspect, alors
que fumer seul son
narguilé ne l'est
pas. La règle
essentielle étant la
modération. Se
saouler est
parfaitement
indécent, surtout
chez un homme d'âge
mûr ou une femme
(jeune ou plus
âgée), c'est une
sottise que l'on
feint d'ignorer pour
les jeunes gens
(masculins) à
condition que le
fait soit
exceptionnel, qu'ils
ne troublent
personne et
continuent à
respecter les
femmes. On offre
systématiquement de
l'alcool aux
chanteuses et
chanteurs, aux
poétesses et poètes
que l'on reçoit.
L'alcool est admis
tant que la
conversation est
enjouée ; tomber
dans la tristesse ou
dans l'indécence
(raconter sa vie,
par exemple) est
inadmissible. L'on
peut boire " tant
que l'on est capable
de chanter en chœur
harmonieusement ".
Que ce soit
contraire à la bonne
santé ou interdit
par une quelconque
loi, religieuse ou
autre, n'a jamais
fort convaincu les
sociétés de culture
arabe jusque très
récemment dans
l'histoire.
L'eau est absolument
sacrée, elle ne se
gaspille pas. C'est
la première chose
que l'on offre, sans
se préoccuper que
l'ôte soit
demandeur. On essuie
sa bouche avant de
boire, surtout au
récipient commun.
Autrefois, en bien
des lieux, on
apprenait à boire
dès l'enfance sans
toucher le récipient
ou la gourde. Dans
les sociétés
musulmanes, il était
de règle de ne pas
boire le contenu
d'un verre d'eau
d'un seul coup, il
fallait le boire en
trois fois.
La communication, le
sentiment
La parole est
importante, même non
écrite. Donner sa
parole à quelqu'un
pour accomplir ou
garder ou protéger
ne souffre pas de
remise en question.
Lorsqu'on dit de
quelqu'un qu'il n'y
a pas besoin de
témoins pour lui
parler, c'est dire
son honorabilité. La
gentillesse et la
douceur sont les
deux attitudes qui
témoignent de la
bonne éducation de
quelqu'un. On doit
s'abstenir de donner
aux gens des noms
d'animaux, même
fâché, et ne pas
insulter leur
lignée, ni leur
famille, ni leur
tribu, ni leur
région, ni leur
pays, ni leurs dieux
(ou Dieu). On
considérait comme
que l'insulte était
réservée aux cas
très graves (comme
une déclaration de
guerre, par exemple)
et que ceux qui en
faisaient abus
n'avaient pas
d'éducation. Mais
une vraie insulte,
dans des
circonstances qui
l'exigent, juste au
moment où il faut,
forte, contrôlée,
sans emportement,
est appréciée à sa
juste mesure
(rappelons que nous
ne sommes pas dans
les considérations
de la morale ni des
dogmes).
La douleur, au sens
de chagrin, n'est
pas une honte, les
larmes non plus, y
compris pour les
hommes adultes. Les
excès provoqués par
cette douleur font
en général l'objet
d'une grande
compréhension ; par
contre, manquer de
courage physique est
mal jugé (" Si tes
pieds ne tiennent
pas les pierres du
chemin, si tes mains
ne tiennent pas les
braises, tu n'es pas
une femme ", disent
les montagnardes de
l'ouest du monde
arabe). Il était de
coutume, en de
nombreux lieux, que
les femmes
accouchent sans un
cri. Quelqu'un de
très malade peut
dire : " Je suis un
peu fatigué ", ce
qui n'est pas facile
pour établir un
diagnostic médical.
Affoler son
entourage est
indigne. Le chagrin
d'amour est
unanimement reconnu
comme terrible. Les
sociétés arabes sont
le plus souvent
prises entre la loi
religieuse du groupe
qui va, quelle que
soit la religion,
vers " l'empêchement
" d'aimer, et la
légitimité de tomber
amoureux (-se) que
l'usage reconnaît
comme impossible à
éviter. Accepter de
porter une mauvaise
nouvelle, un décès à
quelqu'un est une
action difficile ;
parfois, on attend
que des personnes
moins concernées par
le chagrin fassent
office
d'intermédiaires.
Appuyer la joue sur
la main, ou le
menton sur le poing,
n'est pas bien
considéré. On y voit
une marque de
tristesse et toute
attitude répertoriée
de tristesse n'est
pas convenable en
public. Ce qui
explique que,
décemment, les gens
tristes, pour toutes
les raisons de la
vie, préfèrent
rester avec leur
ami(e) proche dans
une retraite
momentanée.
Accueillir les gens
sans sourire est
considéré comme "
sauvage ".
Le cri de joie peut
être utilisé pour
approuver l'héroïsme
d'un condamné au
moment de son
exécution, pour
braver l'ennemi, il
peut être un défi.
Autrefois, au moment
de l'enterrement de
quelqu'un de très
aimé de sa société
(sage, femme
guérisseuse très
célèbre, sauveur du
pays - homme ou
femme), des femmes
lançaient ce cri,
cela ébranle
fortement et ne se
fait pas couramment.
Cela ne peut se
pratiquer que
lorsque
l'enterrement est
vraiment publique et
que des centaines,
voir des milliers de
personnes sont
concernées. Ce son
toujours les femmes
qui le lancent. Ce
sont toujours les
femmes qui décident
de l'attitude du
groupe face à un
événement et qui
exhortent les hommes
au courage et à la
dignité, par
tradition cela leur
revient. La joie, la
vraie, s'exprime par
le cri, la dans, la
nourriture, les
vêtements neufs ou
la fête. Une femme
pouvait exprimer son
bonheur ou son
déplaisir à son mari
en se maquillant
(rôle important du
henné sur les mains
et sur les pieds) ou
en refusant de se
maquiller et de " se
faire belle ". Les
hommes s'expliquent
difficilement, ils
n'ont aucun code
réel pour
s'exprimer, ils
fuient pour ne pas
vexer, ne pas
chagriner : la
sagesse populaire
n'approuve pas mais
constate. Le bonheur
est toujours fragile
et celui qui ose
exprimer sa joie
ressent cela comme
un acte de courage,
une sorte de défi à
la vie qui n'est
jamais égale et
toujours dangereuse.
C'est une façon de
placer ce moment
privilégié hors du
temps ;
implicitement : "
Maintenant je
déborde de joie et
arrive que pourra
après, c'est
toujours ça de pris
! ". Il est fréquent
et recommandé
d'affirmer sa santé
et son bien-être aux
" ennemis ", il est
peu apprécié de dire
trop haut que l'on
va bien au sein de
sa propre communauté
de vie, de son
voisinage, de la
famille élargie, des
amis. La bonne
mesure étant de dire
que tout va bien
même quand tout va
mal et de rester en
réserve en affirmant
d'un ton neutre,
sans enthousiasme,
que tout va très,
très bien… Hé oui…
Les histoires
d'amour réussies
quant à elles, se
vivent en silence.
Après ce répertoire
d'usages, de bon
sens et d'humour
Voici donc une
longue liste (bien
que très incomplète)
d'un code très
général soumis aux
pressions des divers
interdits religieux,
à l'attaque
corrosive des
sociétés
occidentales qui
sont elles-mêmes
hésitantes sur leurs
propres valeurs ce
codes de vie en
société. En essayant
de réaliser ce
résumé, deux choses
nous sont apparues
très clairement :
d'abord la
différence entre le
couple " séant,
malséant " (qui n'a
rien à voir avec la
loi ou la religion)
et le couple "
permis, interdit "
institué par les
pouvoirs en place.
Ensuite un
étonnement intense
devant la continuité
et l'unité (qui ne
tient que très peu
compte de l'ethnie)
d'un code de
politesse qui, bien
souvent, contredit
les prescriptions
religieuses adoptées
ou, du moins, la
pratique locale
d'une prescription
religieuse. Il est à
remarquer également
que la loi
religieuse, au ours
de ses différentes
expressions, reprend
toujours une partie
du code mais lui
attribue d'autres
valeurs. Lorsqu'un
code prend forme et
résiste aussi
longtemps dans le
temps (car nous
partons
d'observations de
bien avant l'islam
jusqu'à la fin du
XXe siècle),
lorsqu'il recouvre
une zone culturelle
aussi importante que
celle touchée par la
culture arabe, c'est
qu'il répond aux
erreurs les plus
courantes, les plus
désagréables, les
plus fréquentes de
sa société, c'est
aussi que cette
société a identifié
le danger ou le
bénéfice de certains
comportements et
qu'un accord tacite
s'est établi. Il est
grave, actuellement,
de voir qu'au lieu
de réfléchir sur les
changements à
apporter à ce code
(nulle part écrit,
transmis oralement
ou par petites tapes
sur les mains dès
l'enfance, fait de
bribes annotées, de
proverbes, de
pratiques et de
mémoire) pour
l'adapter à la vie
moderne, l'on se
heurte d'une part,
au mur très récent
d'un oubli rapide,
d'autre part à
l'assimilation du
mot " modernité "
aux codes incertains
(vus de chez nous)
d'un Occident qui,
parfois, se croit
poli parce qu'il est
gavé. Nos gens ne
savent plus où ils
en sont. Qu'il est
donc difficile
d'être démuni ou
méprisé et
respectueux !
Comment se fait-il
qu'une mince couche
de nos populations
résiste encore,
garde ce
savoir-vivre ? |
|