Les Arabes, ont-ils participé à l'écriture de la Bible?
par Ali Khedher
 

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Nous ignorons le rôle joué par les Arabes dans l’écriture de la Bible, les sources disponibles ne disent rien. Cette modeste étude a pour objet de relancer le débat, déjà entamé par nombre de savants. Il s’agit de s’interroger sur les origines des auteurs de la Bible. Cependant, dans cette recherche, nous n’étudierons qu’une partie du récit du premier livre de la Torah (la loi)/le Pentateuque : la Genèse. Ainsi, pour en faciliter la lecture, l’étude est divisée en 3 parties : la première est une introduction dans laquelle certaines précisions, en ce qui concerne notre point de vue, au sujet du texte biblique, seront consignées et explicitées ; la deuxième partie est le récit biblique comme tel, en ce qui nous intéresse pour cette étude ; la troisième partie est notre analyse de ce récit. Le lecteur trouvera une sélection de références en dernière page. 

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Introduction

Définir la Bible

Nous considérons la Bible comme un recueil littéraire, un document représentant l’idéologie d’une classe sociale qui, en s’appropriant l’histoire humaine et  l’évolution de l’homme, propose une éthique et un système de rapports sociopolitiques et économiques différents de ceux pratiqués par d’autres sociétés ou d’autres groupes, couches ou classes sociales. Dans ses récits les plus simples, comme dans ses plus vastes constructions, la Bible ressert des éléments mythologiques existants, aménagés dans une construction particulière pour reproduire un cadre de pensée qui structure l’expérience des hommes et leur mentalité selon les intérêts politico-économiques de la classe sociale des auteurs. Elle tente de créer de la cohérence, ou du moins une illusion de cohérence en jouant un rôle de réceptacle où les différents groupes peuvent trouver place, se désagréger et se recomposer, se souder les uns aux autres, se laisser prendre dans des ensembles plus vastes. Elle se donne pour devoir de montrer l’excellence et la suprématie de cette classe sociale contre le pouvoir dominant mais aussi contre les autres groupes « barbares ».

Nous proposerons, ici, des éléments propres à nous amener à ce point de vue.

Son historicité

Pour ce qui est de l’historicité de la Bible, elle est très hypothétique. Les découvertes archéologiques contredisent ses récits. Ils manquent donc d’exactitude. De plus, son discours, qui se base sur une croyance en une certaine représentation imaginaire et qui s’annonce comme le détenteur de la vérité exclusive, rejette la méthode scientifique de la connaissance,[1] et considère sa proposition sociale et historique comme parfaite. Pour nous, ce discours ne peut être dégagé du contexte sociopolitique du Proche-Orient à l’époque où les premiers textes ont été rédigés, c’est-à-dire à l’époque de la domination assyrienne, puis babylonienne sur la Palestine. Scientifiquement parlant, la plupart des récits historiques contenus dans ce livre ne sont que  fiction, d’autres ne sont que des bribes de mémoires plurielles. Ils ont été créés, à la lumière d’un parti pris, à partir des textes égypto- mésopotamiens mais aussi à partir des événements survenus à l’époque de leur rédaction. A cela s’ajoute l’imagination fertile, avide de fantastique et de merveilleux de ses auteurs, imagination qui marque bien la différence entre le monde primitif et le monde mental de « l’humain » qu’ils veulent souligner. Ces écrits se sont enrichis au cours des âges.

Les auteurs de la Bible

Ils sont les représentants de plusieurs clans d’une même classe sociale, en opposition avec le pouvoir dominant de leur époque. Ils sont, essentiellement, des égyptiens ou descendants d’immigrés égyptiens, des cananéens et des araméens. Historiquement parlant, la Palestine était cananéenne sous égide égyptienne sauf pendant les courtes périodes de l’occupation Assyrienne et Babylonienne. Pour pouvoir contrôler, gérer ses vassaux et en tirer le maximum de bénéfices, l’autorité pharaonique participait effectivement à la fondation des cités et elle envoyait régulièrement des élites (hauts fonctionnaires, militaires et grands prêtres) pour diriger, et des paysans et des ouvriers pour s’y installer et travailler. Ces derniers sont principalement des égyptiens et des sémites (large groupe linguistique).[2] Ainsi, la migration pacifique vers l’Egypte était chose habituelle, et la migration, ou le voyage des Egyptiens vers leurs colonies était fréquente, et nous pouvons même parler d’une migration relativement contrôlée. Si certains textes archéologiques parlent des petites vagues de migration égyptienne durant plus d’un siècle au 14ème et au 13ème s. av. J.C., ces mêmes textes ne nient ni la continuation de cette migration, ni le déplacement des différentes populations venant d’autres régions (ex. les tribus venant du nord, de la mer et de la péninsule arabique) durant les siècles suivants vers le pays de Canaan, autrement dit la Palestine. Tous ces migrants se sont, d’une manière ou d’une autre, mêlés avec les populations locales, les Cananéens. Ceux-ci, sont composés au début d’Amorites et de Phéniciens. Plus tard, des Araméens, des Philistins, des Arabes, etc.,  s’y sont ajoutés. Au début du 1er millénaire av. JC, la Palestine devint prospère, grâce à la culture locale des oliviers, au commerce des caravaniers arabes, et à la bonne gestion des autorités locales sous contrôle égyptien. Elle reproduisit, avec quelques légères différences, la même structure sociale que l’Egypte pharaonique,[3] c’est-à-dire une classe aristocratique alignée sur le pouvoir égyptien et composée de plusieurs groupes (égyptiens, cananéens, araméens et autres) qui détenaient, d’une part, l’autorité politique, religieuse et la richesse économique, et, d’autre part, une autre classe, inférieure, ou plutôt un groupe inférieur sur tous les plans, composé de plusieurs couches sociales. Les auteurs de la Bible faisaient partie, sans aucun doute, de la classe aristocratique, autrement dite, de la classe qui détenait tous les pouvoirs et la richesse du pays. Nous détaillerons cela plus loin.

Le contexte historique et l’écriture de la Bible

L’écriture des textes bibliques est la conséquence des deux événements majeurs qui ont eu lieu durant le 1er millénaire av. JC, le premier est celui de la domination assyrienne et  babylonienne sur la Palestine à partir du 8ème s. av. JC., et le bouleversement sociopolitique et culturel qui en résulta sur les populations dominées ; le deuxième événement concerne l’ascension culturelle, et surtout la vulgarisation de l’écriture, au Moyen-Orient et en Grèce pendant la même période. Nous détaillerons ces évènements dans la troisième partie de cette étude.

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Le récit selon la Bible
 

Revenons maintenant à notre sujet concernant l’origine des auteurs de la Bible. Signalons, d’abord, que cette étude n’a pas pour objectif de cerner tous les aspects et tous les personnages créés par ces auteurs. Nous nous limiterons à certaines parties du récit historique concernant Térah et son fils Abraham, considéré comme le père des trois religions monothéistes.

Nous reprenons ce récit, mais, comme nous l’avons dit dans la première partie de cette étude, les récits historiques de la Bible ne sont pas précis, leurs datations ne correspondent pas aux faits historiques. L’objectivité scientifique ne fut pas une préoccupation chez les auteurs. Ceux-ci rapportent des événements pour illustrer une conviction politique. Il est donc difficile de déterminer les dates exactes de ces événements rapportés plus de mille ans plus tard. Nous somme obligés, pour ainsi dire, de situer le début du récit de Térah et son fils Abraham, et ceci selon la méthode historico-critique, dans l’espace du temps dans lequel ce récit pourrait avoir eu lieu : cet espace correspond, à notre avis, d’abord à l’époque de la troisième dynastie d’Ur (-2112 à -2004), et aux deux siècles qui la suivent, c’est-à-dire la première moitié de la période Paléo babylonienne.

La Bible raconte que Térah, « âgé de soixante-dix ans, engendra Abram, Nachor et Harân » (Genèse ch. 11 v. 26). Harân, troisième fils et père de Loth, meurt avant son père (ch. 11, 28) ; sa fille Milca se marie avec son oncle Nachor ou Nahor (ch. 11, 29). Quant à Abram, qui deviendra plus tard Abraham, il y a une ambiguïté en ce qui concerne sa femme Saraî, la future Sara ou Sarah.[4] D’aucuns pensent que Sarah était sa nièce, d’autres croient qu’elle était sa demi sœur.[5]

Mais quelle que soit la parenté, Térah quitte Ur vers le pays de Canaan avec son fils Abraham et sa femme Sarah, ainsi que son neveu Loth et leurs troupeaux. Nachor reste en Mésopotamie. Les quatre voyagent le long du fleuve de l’Euphrate vers le nord et s’installent finalement à Harran (Harranu), au nord de la Syrie, à quelque 1500km d’Ur.

A Harran, Abram, âgé de 75 ans, reçoit, selon le chapitre 12, l'ordre divin de quitter cette ville : « Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai » (ch. 12.1.). Térah demeure à Harran jusqu’à sa mort à l’âge de 205 ans. Abram prend  sa femme et ses troupeaux, accompagné par Loth (v.4), pour aller à l'endroit que Dieu lui désignera. Il traverse l’Euphrate et entre dans le pays de Canaan jusqu’au site de Sichem (v.6). Là, Dieu lui apparaît et lui dit « Je donnerai ce pays à ta postérité » (v.7).  Abram construit un autel, puis continue sa route dans la région de Bethléem et Aï (v.8), puis vers le Néguev, d'où une famine le pousse à aller en Egypte (v.10). Avant d’entrer dans ce pays, « il dit à Saraï, sa femme: Voici, je sais que tu es une femme belle de figure (v.11). Quand les Égyptiens te verront, ils diront: C'est sa femme! Et ils me tueront, et te laisseront la vie (v.12). Dis, je te prie, que tu es ma soeur, afin que je sois bien traité à cause de toi, et que mon âme vive grâce à toi (v13). Lorsque Abram fut arrivé en Égypte, les Égyptiens virent que la femme était fort belle (v.14) ». Le Pharaon enlève Saraï , il l’emmène dans sa maison et traite bien Abram qui reçoit comme prix pour sa femme « des brebis, des bœufs, des ânes, des serviteurs et des servantes, des ânesses et des chameaux » (v.16). A un certain moment, le pharaon découvre que Saraï est la femme d’Abram, il l’appelle et lui dit « Pourquoi ne m'as-tu pas déclaré que c'est ta femme? (v.18). Pourquoi as-tu dit: C'est ma soeur? Aussi l'ai-je prise pour ma femme. Maintenant, voici ta femme, prends-la, et va-t-en! (v.19). Et Pharaon donna ordre à ses gens de le renvoyer, lui et sa femme, avec tout ce qui lui appartenait (v.20) ».

Abram et sa femme, accompagnés par Loth, leurs bergers et probablement leurs servantes, partent vers le pays de Canaan. « Abram était très riche en troupeaux, en argent et en or » (ch.13 v.1). « Loth, ..., avait aussi des brebis, des boeufs et des tentes » (v.5).  « Et la contrée était insuffisante pour qu’ils demeurassent ensemble, car leurs biens étaient si considérables qu’ils ne pouvaient demeurer ensemble (v.7) ». Suite à une querelle entre leurs bergers, surgit une divergence. Abram se sépare donc de Loth et reçoit la promesse de Dieu de lui multiplier sa descendance à laquelle la terre de Canaan est destinée. Loth s’installe dans la plaine fertile du Jourdain près de Sodome.

Au chapitre 15, les auteurs du récit écrivent : « l'Éternel fit alliance avec Abram, et dit: Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, au fleuve d'Euphrate » (v. 18) ; « le pays des Kéniens, des Keniziens, des Kadmoniens, » (v. 19) ; « des Héthiens, des Phéréziens, des Rephaïm, » (v. 20) ; « des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens. » (v. 21).

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L’origine des auteurs du récit

Au préalable, il est important de rappeler que nous utilisons, en vue de trouver les éléments qui permettent de déterminer les origines des auteurs de la Bible, la méthode historico-critique, qui consiste à rapporter chaque texte à l’époque de sa rédaction, et l’analyse matérialiste de l’histoire à travers les données archéologiques disponibles. Pour cela, nous allons reconstituer certains contextes historiques en évitant la référence biblique.

Nous avons vu que le début du récit se situe aux alentours de 2000 av. JC., à Ur (ou Our) en Chaldée, c’est-à-dire en basse Mésopotamie. Pourtant le nom de « Chaldée », c’est-à-dire pays des Chaldéens, ne pouvait  pas exister à cette période délimitée dans le temps entre les 21ème et 18ème s. av. JC. L’archéologie, par les textes assyriens et babyloniens, situe l’apparition des Chaldéens au 10ème s. av. JC. Cette incohérence historique ne peut être justifiée par la simple réponse selon laquelle la Bible est un livre religieux et non pas un livre d’histoire, car un livre dicté par un dieu considéré comme le créateur de la vie et de l’homme, doit connaître parfaitement l’histoire de ses créatures. Mais poursuivons l’analyse du texte biblique tout en signalant que nous n’allons pas discuter la véracité de l’existence de ces personnages dont parle le récit, non plus l’appropriation de ces personnage par les auteurs qui ont entamé la rédaction de la Bible au 7ème s. av. JC. Nous prenons le récit tel qu’il est relaté dans ce livre monothéiste tout en  tentant de le mettre dans le contexte historique de son époque et cela pour voir si le récit correspond à la réalité de ce contexte. Cette tâche est complexe, elle exige une double analyse. Il faut étudier, d’une part, les conditions dans lesquelles la Bible a été rédigée et les différents messages du récit, et, d’autre part, les différentes époques et lieux mentionnés dans ce même texte.

A la lecture du récit, trois questions majeures s’imposent : la première est d’ordre éthique, elle concerne l’inceste (ici nous n’allons pas faire une analyse philosophique de cette pratique, notre objectif est tout autre, comme nous allons le voir plus bas) ; la deuxième question est celle concernant les véritables causes du départ de la famille de Térah d’Ur ; la troisième considère le choix fait par les auteurs, de faire voyager leurs personnages en Egypte et de les installer définitivement en Palestine.

Avant d’aborder ces questions, notons que le texte biblique présente les deux personnages Térah et Abram, qui nous intéressent ici, comme Sumériens. Pourtant, leurs noms ne correspondent ni à la tradition ni à la culture sumérienne. Le nom Térah est proche des noms égyptiens pharaoniques, et aussi de ceux des Arabes de l’époque, et le nom Abram est, sans aucun doute, araméen, qui signifie, « père de tous » ou « père de multitude », ou encore « père des Araméens ». Mais reprenons les trois questions, dont les réponses devront nous fournir des éléments sur les origines des Auteurs du récit. Il faut signaler que ces questions sont liées et que leur traitement est subordonné aux contextes historiques évoqués. Pour cela, elles seront traitées, à la fois, séparément et ensemble, selon les progrès de l’analyse.

Nous sommes, à Ur, devant une famille riche, citadine, sumérienne, qui pratique l’endogamie et l’inceste. La chose est-elle possible ? Nous allons vérifier l’existence de cette pratique en pays de Sumer et voir si le mode de vie de la société sumérienne et en particulier à Ur le permet. Cela nous conduit à étudier la structure sociale et le système des rapports sociaux qui en découlent, et cela à travers l’évolution culturelle, mais aussi politique, économique et sociale entre les 21ème et le 18ème s. av JC. Cette étude sera un peu longue mais justifiable. Nous utilisons pour cela les documents écrits à partir des fouilles archéologiques. C’est donc, à Ur, située sur la rive même de l’Euphrate, devenue la capitale, ou plutôt la cité centrale, de l’empire néo-sumérien durant la brillante période de la troisième Dynastie (2112-2004),[6] que nous allons vérifier les premiers éléments de la pensée des auteurs de la Bible.

Entre -2112 et -2095, Ur-Nammu, réussit à unifier la majorité des Cités Etats en basse Mésopotamie, à rétablir l’ordre et à se faire couronner comme roi pour le pays de Sumer et d’Akkad : c’est la naissance de l’Etat central néo-sumérien et la fondation du système de la Cité centrale. Dès son couronnement, il entreprit la restauration et/ou la reconstruction des murailles des cités sumériennes, des édifices et des canaux d’irrigation. Sa conception de la fonction royale le rendait responsable de la prospérité de son royaume. En fait, le véritable roi, c’est le dieu tutélaire de la ville. Quant à lui, il est le souverain dépositaire de la divinité, le responsable politique et militaire et le grand prêtre. Le développement de l’agriculture savante à haut rendement et le creusement des canaux étaient donc un devoir pour lui. Ici, il est important de préciser que cette conception de la fonction royale est totalement différente de celle pratiquée en Egypte, comme nous allons le voir.

La politique d’Ur-Nammu sera suivie par ses successeurs. La Cité centrale sumérienne devint un centre important pour le commerce, les navires descendant l’Euphrate pouvaient jeter l’ancre dans deux ports, au nord et à l’ouest de la ville, qui, d’ailleurs, était encombrée de bâtiments publics, religieux et profanes. Dans toutes les villes, on construisait des quartiers religieux ; à Ur, ce quartier était dominé par une grande ziggourat, dédiée au dieu-lune Nanna (Sin en akkadien). Le nombre des habitants d’Ur avait dépassé les 30 000 âmes. Les principaux métiers étaient dans les domaines de l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, le négoce, la pêche, les transports fluviaux et marins.

Le successeur de Ur-Nammu, son fils, le roi Shulgi, qui régna de -2094 à -2047 avant notre ère, est considéré comme un grand « intellectuel ». Ce nouveau roi, dont le nom signifie « le jeune noble », continua cette politique de prospérité économique, créa une administration centralisée et promulgua le plus ancien code de lois civiques connu dans l’histoire.[7] Ce code fut gravé sur la pierre et posé en un lieu visible dans la cité. Le but était que les lois soient les mêmes pour tous les citoyens ; la veuve, l’orphelin, les pauvres et les esclaves étaient protégés, les épouses l’étaient aussi contre le renvoi pur et simple ; les petits crimes n’étaient  pas punis par la mort ou la mutilation comme on peut le trouver plus tard dans le code de Hammourabi ou dans les lois monothéistes. La punition consistait à payer une compensation en argent aux victimes.[8] Mais ces lois, qui réglementent les rapports sociaux, ne suppriment pas les barrières des castes. Ainsi, pour créer sa caste, Shulgi marie ses filles à des gouverneurs de cités de l’Empire, au lieu de les marier à des hommes de sa famille, comme c’était l’usage en Egypte. Les gouverneurs des cités sont contrôlés par des commandants militaires. Durant son règne et celui de son fils Amar-Sin (-2046 au -2038), la culture et l’art prennent une place importante dans la vie quotidienne des Sumériens. Le savoir écrire atteint les couches les plus banales de la société.[9] On peut dater de cette époque l’essor de la civilisation écrite.[10] L’artisanat y est  raffiné et florissant. L’architecture, adaptée à chaque classe, représente bien la hiérarchie sociale. Les sculptures et les idoles, fabriquées par les artistes, jouent un rôle social essentiel. Elles donnent naissance à des représentations artistiques comme à des œuvres littéraires. La musique, l’élément important lors des festivités, complète cette ambiance culturelle.

Durant une centaine d’années, l’empire néo-sumérien réussit à maintenir la paix intérieure et sa fabuleuse richesse économique et culturelle. Cependant, cette société est structurée selon la fonction de chaque classe ou couche sociale. Au sommet, il y a le roi qui est un roi prêtre (en en sumérien) représentant les dieux sur terre. Son titre est Patesi, qui veut dire serviteur en sumérien. Ce roi est entouré par les hauts dignitaires, essentiellement des chefs militaires, des gouverneurs des villes et surtout des prêtres au service des divers cultes et qui vivent dans de fastueuses demeures. Ces prêtres n’ont aucune activité productive, leur tâche consiste à assurer le service des dieux sur le plan privé et public.

La classe moyenne se compose de médecins, de scribes, de commerçants, d’artisans, d’ouvriers qualifiés, etc. Les scribes assurent l’administration et la tenue des documents administratifs. En bas de l’échelle sociale, il y a les prolétaires de l’Etat et principalement les ouvriers des temples, mais il y a aussi les esclaves, essentiellement des étrangers, prisonniers de guerre, originaires de différentes régions. Dans cette société structurée en classes, les commerçants détiennent la plus grosse partie de la richesse financière, ils jouent le rôle de banquiers en prêtant des biens aux particuliers et en finançant des expéditions.

La terre appartient en théorie au Dieu de la Cité qui la gère, par l’intermédiaire des prêtres, dans l’intérêt de tous les citoyens. En réalité, une grande partie des terres fut la propriété de particuliers et partagée entre des grands, moyens et petits propriétaires. Certains propriétaires possédaient des esclaves. Mais il y avait aussi les pauvres qui ne possédaient rien à part leur force de travail.[11]

Les dernières années (entre 2025 et 2004 av. JC.) du règne de la dynastie d’Ur III furent difficiles. Les attaques des Martu[12] ou Amorites, populations venant en partie de certaines Cités Etats situées principalement en Syrie, et en partie, composées de nomades, affaiblirent énormément le pouvoir central. Ainsi, l’indépendance de certaines cités, comme Larsa, Isin et Eshnounna, a aggravé la situation dans la Cité centrale. Larsa se trouva gouvernée par Naplanum, un roi au nom amorite. Ishbi-Erra, chargé de défendre la région contre les Amorites, entre en dissidence et se constitue roi indépendant de Isin. Les revenus apportés par les impôts de ces cités, et d’autres, firent cruellement défaut à son économie. Ur s’enfonça dans la pénurie et la famine. En -2004, les Elamites et des Susiens, originaires des montagnes du Zagros et de Suse, l’envahirent et la mirent à sac. Ses murs sont rasés, ses édifices sont réduits en cendres et les habitants, qui ne purent s’enfuir, furent égorgés.

Les auteurs de la Bible ne disent rien au sujet de ces évènements, quand ils racontent l’histoire de Térah et son départ d’Ur. Pourtant, ces évènements peuvent constituer de bons arguments ou raisons qui expliqueraient son départ. La question qui se pose alors est celle de savoir si ces auteurs connaissaient bien l’histoire de la civilisation sumérienne quand ils ont créé le personnage de Térah et l’histoire de sa famille. En fait, ce n’est pas dans leur connaissance qu’il faut chercher la raison de ce départ, mais dans leur objectif. Ici, nous n’allons pas avancer une réponse. Nous voulons comprendre d’abord les raisons pour lesquelles les auteurs ont choisi le pays de Canaan pour y installer Térah.

Voyons donc ce qui s’est passé après l’effondrement de la Cité centrale d’Ur. L’occupation de celle-ci par les Elamites ne dura que quelques années, car Ishbi-Erra, le gouverneur d’Isin, qui s’était proclamé, lui-même, roi à Isin, ne tarda pas à reprendre Ur, en -1998. Immédiatement, il commença à reconstruire la ville et ses temples tout en déployant ses efforts à restaurer les mêmes anciennes structures et la même idéologie, après quoi, il se nomma roi d’Ur, de Sumer et d’Akkad. Ses enfants/successeurs ajoutèrent à leur nom celui de Dagan (Dieu du blé), particulièrement vénéré à Mari et à Ebla. Le dernier roi de cette dynastie, Lipit Ishtar qui règna de -1934 à -1924 fut l’auteur d’un code de justice et à la fin de son règne, il fut attaqué par Gungunum, roi de Larsa (peut être amorite), qui le déposséda d’Ur, puis de Suse, de Lagash et peut-être d’Uruk. Les successeurs de Gungunum poursuivirent la conquête. Larsa réussit à imposer une relative hégémonie sur la majorité des villes en basse Mésopotamie. Elle devient grand centre commercial et agricole. Ce fut alors une période de paix et de prospérité économique marquée par une politique intense de construction de temples et de canaux et par un développement culturel important. Il est intéressant de noter que les Amorites, dès leur arrivée, adoptèrent la culture et le mode de vie suméro-akkadiens et qu’il est difficile de les distinguer des populations locales sauf par l’étymologie des noms propres. Au début du 19ème s. av. JC., Babylone (90 km au sud de l’actuel Bagdad) fit son apparition, suite à l’arrivée des Amorites venus l’habiter. Ceux-ci se laissent assimiler par les Babyloniens mais ils prennent le contrôle de la ville et y fondent leur dynastie vers 1894 av. JC. Babylone devient une puissance qui rivalise avec les autres royaumes amorites comme Larsa et Uruk, en basse Mésopotamie et Eshnounna, située à l’est de l’actuel Bagdad.

Les Amorites réussirent, sous le règne de Hammurabi ( -1792 / -1750), à achever la conquête des Sumer et Akkad. La dernière dynastie sumérienne à Isin fut éliminée, Babylone devint le centre politique, religieux et culturel de la Mésopotamie. La langue sumérienne fut remplacée par l’akkadien, mais la culture sumérienne demeura la référence fondamentale dans les domaines religieux et littéraire. Une activité intense amena les scribes à mettre par écrit quantité de traditions orales, de sorte que le début du 2ème millénaire fut, paradoxalement, la plus grande époque de la littérature sumérienne.[13] Sous le règne des Amorites se développent la lexicographie, la grammaire, les mathématiques, la médecine, la jurisprudence et autres sciences. S’inspirant des codes sumériens, Hamourabi crée le premier code législatif de l’histoire, le plus complet quant aux thèmes qu’il traite jusqu’à l’actuelle déclaration sur les droits de l’Homme.[14]

Comme nous venons de le voir, la société sumérienne, hautement civilisée, ne disparaît pas mais elle est absorbée et continuée par les Amorites qui ont adopté sa culture et son mode de vie. Cette civilisation ne pourrait en aucun cas être assimilée à un mode de vie primitif ou tribal. Les rapports sociaux sont subordonnés à un régime de classes bien déterminé, c’est-à-dire à un système socialement achevé. Les relations sociales entre les différents groupes ou classes et même au sein d’une même famille sont déterminées par le mode de vie de cette même société. Or, la pratique primitive ou/et tribale de l’inceste au sein de la famille de Térah ne correspond pas à la réalité sociale à Sumer ou à Akkad. De plus, Parmi les 20 000 tablettes ou textes trouvés par les archéologues et qui concernent les différents aspects de la vie à Sumer,[15] aucun ne mentionne la pratique de l’inceste dans ces pays. Les archéologues spécialistes de la civilisation sumérienne, et, en général, mésopotamienne, n’en ont jamais signalé l’existence de cette pratique. Ainsi, le célèbre code de Hammurabi interdit carrément l’inceste. L’article 154 dit « Si un homme se rend coupable d’inceste avec sa fille, il sera exilé » ; l’article 157 dit « Si quiconque, fils de son père, se rend coupable d’inceste avec sa mère, les deux seront brûlés vifs ». Sans aucun doute, l’interdiction de l’inceste, selon les traditions sumérienne et Amorite, englobe aussi les sœurs et les nièces. Notons ici que notre objectif n’est pas l’idée même de l’inceste mais seulement de savoir d’où vient cette pratique que les auteurs de la Bible semblent avoir dans leur tradition. Nous pensons à l’Egypte des Pharaons. Dans ce pays, il était fréquent, en particulier dans la classe aristocratique, de se marier et d’avoir des enfants avec un membre de sa famille. Les exemples ne manquent pas. Citons, entre autres, Ramsès II qui a eu des enfants avec au moins deux de ses filles ; les Ptolémées qui se sont mariés entre frères et sœurs. Cléopâtre, avait 18 ans, lorsqu’elle épousa son frère âgé de 10 ans. La chose semblait courante.

Ici, il apparaît clairement que l’inceste ne fait pas partie des mœurs mésopotamiennes, mais qu’il fait partie des traditions égyptiennes. La question qui se pose, c’est de savoir pourquoi les auteurs de la Bible font de l’inceste une pratique quasi courante et acceptable dans le récit ?

La réponse réside dans leur objectif de maintenir dans leurs mains les caractéristiques d’un certain lignage, ils éliminent tout risque d’infiltration dans le groupe mythique dépeint par leurs soins et, par conséquent, ils maintiennent la légitimité de leurs intérêts socio-économiques et politiques en tant que descendants « purs ». Cette idée trouve encore plus de légitimité à l’égard du pouvoir dominant (qui rejette l’inceste biblique), quand nous découvrons que les dieux égyptiens se marient avec leurs sœurs : citons les couples d’Osiris-Isis, Chou-Tefnout, Geb-Nout, Seth-Nephtys ; l’inceste s’inscrit alors dans une pratique à caractère divin, autrement dit, appréciée de Dieu. Nous verrons plus loin comment l’inceste n’est que l’une des indications de la présence égyptienne dans les récits bibliques.

Prenons maintenant la troisième question posée plus haut et qui concerne la raison du choix, par les auteurs, du pays de Canaan pour y établir Abraham. 

La ou les raisons sont à chercher dans le contexte historique de l’époque considérée. Comme nous l’avons signalé précédemment, la rédaction du récit, objet de notre analyse, a été entamée au 7ème s. av. JC, à Jérusalem, et cela suite à de grands bouleversements qui mirent en danger la présence égyptienne dans cette région. Reprenons d’abord l’histoire de Jérusalem. Celle-ci, selon les tablettes de Tell el-Amarna,[16] est appelée Urushalimu, le nom est d’origine akkadienne, en araméen Urshalem, et composé de deux éléments : Uru ou Ur qui veut dire localité ou cité et Shalimu ou Shalem, qui est un dieu cananéen. Urushalimu ne signifie donc pas « ville de la paix », comme le croient certains, mais « la localité du dieu Shalimu. »[17] Celle-ci est située entre le centre et le sud de la Cisjordanie actuelle. Au début du 1er millénaire avant notre ère, elle était une petite bourgade d’environ 1000 habitants.  Une vingtaine de sites pauvres et isolés, habités par quelques 4000 personnes, l’entourent. C’était le lieu d’exil et d’éloignement par excellence, mais aussi le lieu idéal pour ceux qui cherchaient un refuge, à l’abri de leurs ennemis, ou une retraite loin du monde. Dans cette localité, il n’y avait ni Etat ni royaume.[18]

En revanche, au nord de la Cisjordanie, nous trouvons une autre situation. La stèle du pharaon Mérenptah nous raconte la victoire de ce dernier sur plusieurs populations cananéennes, dont la liste englobe une région du nom d’Isra.[19] L’archéologue Flinders Petrie donna aux habitants de cette région le nom d’israélites, liant sans aucun doute le nom géographique qui les déterminait au nom du dieu qu’ils adoraient, le grand dieu El,[20]  en l’ajoutant en suffixe. Il ne s’agit donc pas de la moindre mention d’un Etat ni d’une ville ni d’une identité ethnique, mais plutôt d’un groupe de cananéens semi-nomades, n’habitant pas dans une ville. Ce groupe est composé à l’origine de pasteurs nomades,[21] et à partir de -1200, leur mode de vie commence à changer grâce à la sédentarisation et au travail de la terre. Le nombre de leurs villages s’accroît de manière sensible. Vers -1000, on estime la population de la région d’Isra à 40 000 habitants répartis sur 230 sites. Bien arrosée et proche des grandes voies de communication, la région commence à vivre une certaine prospérité et à sentir le besoin d’une organisation sociale.

A la fin du 10ème s. av. JC, le système politique des Cités-Etats cananéens disparaît suite à la campagne militaire égyptienne de Shéshonq 1er. L’inscription triomphale sur les murailles du grand temple de Karnak énumère environ 150 villes et villages dévastés pendant l’opération,[22] dont certains sont situés à Isra. Nous pensons que Shéshonq, après sa retraite, laissa derrière lui des garnisons en plusieurs endroits du pays occupé ou au moins dans les villes littorales et les grands centres de l’intérieur, pour continuer à imposer son pouvoir et combler provisoirement le vide politique. Dans ces colonies, il installe un pouvoir égyptien, qui le représente, composé de prêtres et surtout de fonctionnaires pour la récolte des impôts. Cette pratique n’est pas nouvelle, elle était déjà pratiquée par les précédents rois égyptiens.

La disparition du système cananéen et le vide politique engendré par cette disparition constituèrent le premier facteur externe de la naissance, au début du 9ème s. av JC, du royaume de Samarie (du nom de la capitale construite par le roi Omri). Le nom Israélite n’était pas encore connu à cette époque. Les Egyptiens, qui constituaient le deuxième facteur externe, n’ont pas empêché la naissance de cet Etat, au contraire ils l’ont aidé à surgir, car ils avaient besoin d’un rempart qui les sépare et les protège de l’empire Assyrien. C’est pour cette raison que nous pensons que le royaume du Samarie est né sous l’égide égyptienne et qu’il a reproduit, avec quelques nuances, le système politique égyptien mais sur un schéma qui correspondait à la diversité des populations locales, c’est-à-dire sur le schéma social, culturel et religieux des populations et Cités Etats cananéennes, phéniciennes et araméennes. Sa structure sociale se divisa en une classe aristocratique composée de clans de plusieurs origines (cananéenne, israélite, araméenne, égyptienne et peut-être phénicienne)  où l’on trouve, d’une part, au sommet le roi et sa famille, suivi par les hauts fonctionnaires, les chefs militaires, les grands prêtres, les prophètes (prophète était une fonction comme en Egypte) et les grands propriétaires terriens, et, d’autre part, un groupe inférieur composé pour l’essentiel d’agriculteurs, d’éleveurs, d’artisans et d’ouvriers ; les esclaves comme couche sociale, comme c’était le cas en Egypte, n’existent pas. A notre avis, il n’y avait pas de couche de grands commerçants, le secteur étant contrôlé par des Arabes, des Phéniciens et par l’Etat. Cela explique peut-être la rapide ascension financière de ce dernier. Les aristocrates habitaient dans les villes et possédaient une richesse démesurée ;[23] les autres couches habitaient dans les campagnes, ce qui approfondissait le fossé entre les deux groupes sociaux. Il importe de mentionner également que la classe aristocratique était divisée selon l’appartenance ethnique et/ou religieuse, en plusieurs groupes ou clans, dont un, ou plus, était aligné sur le pouvoir égyptien. Quant à son unité, elle est le résultat des facteurs externes.

En peu de temps, le nouveau royaume, doté de centres administratifs régionaux, d’une armée professionnelle, de voies de communication et de palais gouvernementaux dans les principales villes (Megiddo, Jezréel et la capitale Samarie), commença, sous la dynastie des Omri, sa politique de développement économique et d’alliance diplomatique. La culture des oliviers et des vignes florissait. Son roi, Achab, se marie avec la princesse phénicienne de Tyr, Jésabel ; le dieu phénicien, Baal, devient l’un des dieux les plus importants. L’alliance concernant le réseau commercial qui les lie avec les Phéniciens, les Araméens, les Arabes et les Egyptiens, est conclue. La route de l’encens des caravaniers arabes passe par certaines villes du nouveau royaume pour rejoindre les comptoirs du commerce maritime de la Méditerranée sur les littoraux palestinien et libanais. Devenu prospère, le royaume de Samarie commença son expansion. L’Egypte ayant alors sécurisé ses frontières, elle recommença à tirer bénéfice du commerce arabe puisque Gaza, Ashdod et d’autres villes étaient sous son contrôle.

Pour les Assyriens, l’alliance entre ces Etats et la prospérité qui en découlait constitua une vraie menace. Ils décidèrent d’imposer leur contrôle sur la Cisjordanie et les villes littorales. Nous n’évoquerons pas les différentes campagnes militaires menées par les Assyriens. Pour plus de détails, il convient de se référer aux dictionnaires et aux ouvrages spécialisés. Mentionnons, toutefois, l’expédition de 722 av. JC, c’est-à-dire à l’époque du roi Sargon II (-722 / -705). La Samarie prend contact avec les Egyptiens, demande leur soutien et, en même temps, entre en coalition avec les Araméens et les Arabes contre les Assyriens. La guerre est déclarée et Sargon II remporte la Bataille de Qarqar. Il enlève aussi Gaza, en dépit de la protection égyptienne. Il déporte une partie des populations de Samarie vers la Mésopotamie et continue son aventure au-delà de la mer jusqu’à Chypre où il impose tribut aux sept princes de l’île. Quelques années plus tard, l’Egypte pousse Ashdod à la révolte. Sargon II revient dans la région pour imposer sa domination. Samarie est donc annexée à l’Assyrie et la petite bourgade d’Urshalem, au sud, subit le même sort. Il est fort intéressant de lire les annales de Sargon II relatives à la victoire sur Samarie :

 « Les habitants de Samarie, qui tombèrent d'accord et qui complotèrent avec un roi ennemi parce qu'ils ne voulaient plus supporter le joug de la servitude et verser le tribut à Assur et qui me livrèrent bataille, je les ai combattus avec le pouvoir des grands dieux, mes seigneurs. Comme butin, j'ai dénombré 27 280 personnes, ensemble avec leurs chars et leurs dieux, dans lesquels ils avaient placé leur confiance. Avec 200 de leurs chars, j'ai formé un bataillon pour mon armée royale. J'ai déporté les autres au milieu de l'Assyrie. J'ai repeuplé Samarie davantage qu'auparavant. J'y ai installé des populations de pays conquis par mes soins. »[24] Notons que ce texte précise qu’il s’agit de Samarie et non pas du royaume israélite évoqué par la Bible.

La destruction du royaume de Samarie, la déportation partielle de sa population vers la Mésopotamie, le repeuplement des territoires conquis par d’autres populations ou colons étrangers et l’afflux à Urshalem de milliers de réfugiés du royaume vaincu, ont démoli   totalement l’équilibre socio-économique, politique et culturel dans la région. A cela s’ajoute un autre élément important : ces réfugiés arrivèrent dans cette localité et avec eux leurs dieux qui ne sont pas ceux des indigènes, parmi lesquels nous citons Elohim.

Le grand perdant de l’occupation assyrienne, la classe aristocratique dirigeante, que nous avons mentionnée précédemment, se réfugia dans des centres sans intérêt pour les assyriens, principalement à Urshalem. Des paysans, des ouvriers et certains artisans, qui avaient  fui l’occupation, suivirent les anciennes traditions sociales de Samarie et les Cités littorales et s’installèrent dans les campagnes et autour du centre de cette localité. Cependant, les caravanes commerciales arabes commencèrent à passer par cette région. Cette nouvelle situation bouleversa la structure sociale et économique et donna en même temps une nouvelle impulsion à la croissance.

Le processus d’intégration commence et avec lui une nouvelle organisation sociale apparaît ; une nouvelle aristocratie, composée d’indigènes et de différents nouveaux arrivants, se forme, et avec elle un nouveau système politique et religieux se développe. L’ancienne fonction de Prophète que nous avons déjà mentionné et qui existait en Egypte et en Samarie s’ajoute à la fonction du roi du nouveau royaume, autrement dit, le roi est en même temps roi et prophète. L’Egypte, qui perdit son contrôle sur les villes littorales et le royaume vassal de Samarie, fut menacée par l’Assyrie. Elle intervint effectivement en faveur de la nouvelle classe dirigeante, en vu de créer un royaume.[25] Cette politique d’intervention depuis le pays des Pharaons n’est pas nouvelle, elle remonte à des temps très lointains, elle fut déjà pratiquée en Phénicie, en Syrie et en pays de Canaan. Nous pouvons trouver des témoignages irréfutables à ce sujet dans les tablettes de Tell el Amarna, que nous avons déjà mentionnées ; certaines de ces tablettes ou correspondances, qui viennent des rois araméens et cananéens fidèles à l’Egypte, expriment des sentiments très chaleureux à l’égard des Pharaons. Ces derniers soutenaient la création d’un Etat gouverné par ses indigènes mais à la condition d’être aligné sur leur système. Cet Etat constitue pour l’Egypte un rempart qui la sépare et la protège des Assyriens à l’ouest et des royaumes se trouvant au nord.

Les facteurs internes de la fondation d’un nouveau royaume sont réunis. Ils se résument essentiellement dans l’unité politique et religieuse des différents groupes de la classe aristocratique, qui décida de réunir en une religion exclusive les conceptions de la majorité de ses composantes sociales et de choisir, comme symbole de l’unité, un seul de leurs dieux (Ils choisirent « Yhwh ») en écartant tous les autres (ex. Elohim, El, Baal, etc.) ; ici, le monothéisme d’Akhenaton trouve une certaine place. Ce consensus n’est pas nouveau, les différents groupes étaient déjà ensemble dans des coalitions anti-assyriennes. Ainsi, pour ne pas laisser l’occasion aux Assyriens de mettre la main sur ce dieu unique, un concept voit le jour, celui d’un dieu invisible[26], n’ayant besoin d’aucun support représentatif. Le nom, prenant de la sacralité, se substitue à l’art plastique. Ce monothéisme, avec son dieu invisible, serait donc né durant cette période. C’est à ce moment que nous pouvons parler du début de la lutte de la classe montante des aristocrates contre les Assyriens, et ce sous la direction d’un chef, à la fois religieux et politique (le roi prophète), et en collaboration avec l’Egypte.[27] Cette lutte évolua progressivement pour aboutir, au cours du 7ème s. av. JC, à une nouvelle arme de guerre et de propagande : l’écriture.

Celle-ci sert de support à des récits visant à manipuler et à endoctriner les différents groupes et populations de la région, à travers la création du dieu unique et invisible et par l’appartenance, supposée mais affirmée, à une seule ethnie ; elle devrait donner l’impression d’une cohérence ou d’une illusion de cohérence sociale des différents groupes antagonistes réunis en une seule classe et par là donner la légitimité nécessaire à cette dernière pour réclamer l’indépendance pour toutes les populations de la région. Cela est important, car l’utilisation de l’écriture comme arme de guerre exige la collecte de toutes les expériences culturelles de toutes les populations concernées, et une organisation sociale avancée et complexe.

Cependant, la question qui se pose ici, est celle de connaître la raison pour laquelle l’écriture fut choisie comme outil de résistance, de lutte et de propagande.

En fait, le premier millénaire av. JC, enregistre la réapparition de l’écriture monumentale et littéraire proprement dite. La découverte des terres, des peuples et des coutumes engendra un grand mouvement d’investigation et de réflexion qui n’a jamais cessé jusqu’au nos jours. La bibliothèque du roi assyrien à Ninive contenait plus de 30 000 textes. Entre 800 et 750 av. JC, Homère (à son époque, appelé simplement le Poète) écrit le long poème de « l’Iliade et l’Odyssée » à travers lequel se manifeste clairement la culture et la pensée grecques. L’écriture n’est plus seulement un moyen d’enregistrer des actes officiels, mais un instrument de conscientisation et de propagande. Ecrire, c’est sécuriser et magnifier aux yeux du monde la classe sociale de l’auteur, dont les récits visent à montrer l’originalité et la suprématie de cette classe et de sa descendance.[28]  La bible faisait partie de ce grand mouvement littéraire auquel ont participé la plupart des populations du « Proche orient ».

L’archéologie contemporaine est quasiment certaine que c’est au 7ème s. av. JC que commence la rédaction des premiers livres de la Bible. Mais ces premiers récits ne s’appelaient pas encore la Bible, ce nom leur sera donné tardivement par les Grecs. Une question se pose alors : Quel nom donnait-on, auparavant, à ces écrits ? Nous laissons le lecteur  méditer à ce sujet et nous reprenons la question concernant le choix du pays de Canaan pour y installer le héros « Abraham » et créer le mythe d’un royaume. La réponse se trouve dans le récit lui-même. Les auteurs, comme signalé plus haut, ont situé le début du voyage vers « la terre promise » à une période remontant à plus de mille ans par rapport à leur époque (le 7ème s. av JC), celle de la rédaction du récit. Ce choix est déterminant car il enracine historiquement leur présence en tant que classe sociale dominante de l’époque, et des strates sociales qui la nourrissent, sur cette terre. Le mythe ainsi créé perdurera et légitimera la présence d’étrangers venus de partout et se réclamant de ces textes pour la  présente domination de cette terre.

Durant la deuxième moitié du 7ème s. av. JC, l’Egypte réussit à reprendre la Palestine et, quelque temps plus tard, à l’époque de Josias entre -639 à -609, le royaume de Yëhûdim (en araméen Yahoudaie) accéda à l’indépendance, mais pour une courte durée. Nabuchodonosor (roi de Babylone de -604 à -562) vint à bout de ce royaume et de ses alliés (Araméens et Arabes) et s’empara, en personne, de la ville de Yahudu/Urshalem (qui deviendra Jérusalem). Il déporta à trois reprises vers Babylone des Yëhûdim (qu’on nommera, en français, Judéens) et détruisit leur temple. Politiquement parlant, Juda n’existait plus, il était intégré à l’Empire néo-babylonien.

Il est évident que ces auteurs, ceux de la Bible, appartiennent au moins à deux groupes sociaux antagonistes qui formaient la classe dirigeante, antagonistes mais unifiés contre les Assyriens. Ils représentent des intérêts contradictoires. Ces contradictions sont évidentes à la lecture de la Bible : par exemple, les relations avec l’Egypte changent d’un récit à l’autre, c’est-à-dire selon les intérêts de l’un ou de l’autre groupe. Expliquons-nous : l’Egypte, comme nous l’avons vu, est présente, et de manière permanente, dans la Bible, sa culture et ses traditions sont largement mentionnées, parfois critiquées et, d’autres fois, accueillies et adoptées. Cette contradiction ne peut s’expliquer que par les rapports de force régnant à l’intérieur de la classe dirigeante, ou peut-être par un consensus conclu et selon lequel chaque groupe possède une certaine liberté dans l’élaboration et la rédaction de son texte. Mais quels que soient les accords entre eux, cela signifie que chacun défend ses intérêts politiques, religieux et économiques et ses valeurs, qui ne sont pas nécessairement ceux de son allié. Prenons l’exemple de l’inceste autorisé dans les premiers textes et interdit plus tard ; ou encore, la critique adressée au système de pouvoir politique et religieux du royaume israélite (de Samarie), proégyptien, qui permit à la classe aristocratique de s’enrichir démesurément sur le dos des pauvres.

Il s’agit, donc, de deux groupes (ou peut être plus) antagonistes, dont les intérêts ne s’accordent que dans leur position anti-assyrienne commune ; le premier est celui des Egyptiens ou d’origine égyptienne, ou peut-être égypto-indigène, ou même, « culturellement égyptien », fortement lié au pays des Pharaons ; cette composante de l’aristocratie a effectivement collaboré à la conception et à la rédaction de la première écriture de la Bible. Son caractère archaïque le prouve. Le deuxième groupe est composé de ceux qui rejettent l’idée d’un Etat vassal et revendiquent l’indépendance totale. Ce groupe existait déjà à l’époque des Cités Etats phéniciennes et surtout cananéennes et araméennes qui, à plusieurs reprises, déclarèrent la révolte et le refus d’obéir aux Pharaons. Mais ces derniers, comme c’est le cas de Shéshonq 1er, réprimèrent violemment les rebelles. D’ailleurs, certains textes bibliques (ex. l’exode) démontrent clairement la position de ce groupe lorsqu’il critique âprement le pouvoir égyptien, les exemples ne manquent pas à ce sujet.

Ces auteurs représentent, sans aucun doute, les différentes populations présentes, en ce temps, en ces lieux, notamment les Egyptiens, les Cananéens, les Phéniciens, les Israélites, les Judéens, les Araméens et, peut-être aussi… les Arabes. Leurs origines sont celles de toutes les composantes de la classe aristocratique. Ces populations, comme le mentionne l’archéologue et historien Georges Roux, ont des affinités extrêmes. Leur histoire commune et leur dialecte sémitique (à part certains Egyptiens) le prouvent. 

De telles hypothèses, qui se confirment et se confortent de plus en plus, relativisent tellement certains conflits dits « religieux » ou idéologiques. Apparaissent alors les vrais intérêts, des enjeux de pouvoir, de fortunes, de domination inique à travers l’histoire. La saga d’une alliance de « seigneurs » de la guerre voulant exister entre deux super-puissances (l’Egypte et la Mésopotamie), engendrera trois grandes religions, un nombre incroyable de petites religions, ou sectes, sera prétexte à tant de conflits marqués des mêmes ambitions, des mêmes manipulations. Partant de la « maladie humaine » (domination et accumulation de biens) la conscience pourtant s’insinuera partout, au travers du temps, pour nous amener aujourd’hui à nous poser des questions et à vouloir interroger l’histoire.

Le culte d’un dieu unique et invisible n’est peut-être né que des impératifs exigés pour vaincre l’ennemi physiquement et moralement. Une des premières utilités de l’écriture, fut, semble-t-il, la propagande politique.

En conclusion, posons-nous la question de la responsabilité des intellectuels, de leur adhésion au pouvoir, de leur capacité d’organiser une résistance, d’où qu’ils soient, au commencement, maintenant et toujours, pour les siècles des siècles.


 

[1] La science n’affirme rien de ce qu’elle ne connaît pas, et ne prétend pas tout expliquer ; sa neutralité témoigne du plus haut respect pour tout ce qui est humain ou divin.

[2] C’est une pratique tout à fait courante chez les envahisseurs. Les Assyriens, quand ils ont envahit la Palestine, ont remplacé les « Israélites » par des étrangers, nous allons voir cela plus loin. A l’époque coloniale, la France avait installé en Algérie des français et des étrangers pourvus, à l’occasion, de la nationalité française. Les pouvoirs politiques européens et nord-américains, en créant « Israël », ont aussi amené des populations de partout dans le monde pour les installer dans les territoires occupés. Les USA ne se sont pas faits autrement, etc.

[3] La société pharaonique est composée selon une hiérarchie stricte de deux groupes antagonistes, chaque groupe englobe plusieurs classes. Le 1er groupe est celui qui détient tous les pouvoirs et la richesse, on trouve au sommet le Pharaon et sa famille, suivi par les hauts fonctionnaires et les prêtres ; le 2ème groupe est celui des Scribes, des Artisans, des Marchands, des Paysans et à la fin celui des Ouvriers. Les esclaves, selon l’archéologue Christiane Desroches Noblecourt, n’existaient pas en Egypte.

[4] Lisons dans la Genèse ch. 11-29 : « Abram et Nachor prirent des femmes : le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor était Milca, fille de Harân, père de Milca et père de Jisca. » Jisca ou Yiska, selon la tradition juive, est Sarah.

[5] Au chapitre 20 de la Genèse, nous lisons : « Abraham disait de Sara, sa femme : C’est ma sœur… » (v.2). « De plus, il est vrai qu’elle est ma sœur, fille de mon père, seulement, elle n’est pas fille de ma mère ; et elle est devenue ma femme » (12). Dans le ch. 11,29 on lit « Abram et Nachor prirent des femmes : le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor était Milca, fille d’Haran, père de Milca et Jisca. » Jisca, appelée aussi Yiskali ou n’est autre que Saraï.

[6] Ur est fondée au 6ème millénaire. Sous la 1ère dynastie, au 25ème s av. JC., elle a dominé une partie de Sumer avant d’être sous la domination akkadienne au -23ème s. de Lagash puis d’Uruk au -22ème s.

[7] Ce code a été attribué par erreur à son père Ur-Nammu

[8] Geoges Roux, Ancient Iraq, éd. Allen and Unwin, London, 10 éd. 1985, P.155

[9] J.N. Postgate, Early Mesopotamia, Society and Economy at the dawn of history, London, Routledge 1995, p. 69

[10] Amiet, Introduction à l’histoire de l’art de l’antiquité orientale, école du Louvre, éd. Desclée De Brouwer, 1979, p. 63 et suivantes.

[11] voir Georges Roux, déjà cité, PP163-165

[12] En sumérien Martu, en akkadien Amurum. De manière plus précise, ces populations viennent de la région montagneuse située à l’est d’Ugarit  jusqu’au djebel Bishri.

[13] Voir plus de détail à ce sujet : Pierre Amiet, Introduction à l’histoire de l’art de l’antiquité orientale, école du Louvre, éd. Desclée De Brouwer, 1979, p. 71 et suivants

[14] Une version de ce code est publiée sur le net : www.wsu.edu/~dee/MESO/CODE.HTM  Voir également : H. W. F. Saggs, Everyday life in Babylonia & Assrria, éd. B. T. Batsford, London, p. 143

[15] Georges Roux mentionne qu’il y a entre 20000 et 30000 tablettes de toute sorte de contenu, p.163

[16] Tell el Amarna est le site archéologique d’Akhénaton, ville dédiée au culte du dieu unique Aton, capitale construite par ce dernier aux alentours de 1360 av. JC. Les tablettes mentionnées dans l’article sont connues sous le nom Les lettres d’Amarna. Il y a quelque deux cents tablettes écrites en cunéiforme akkadien, la plupart sont des correspondances d’ordre diplomatique entre les rois égyptiens et les grandes cours étrangères de l’époque, comme celles de Babylone, l’Assyrie, Hittites, l’Arzawa et l’Alashiya (Chypre), mais aussi des correspondances avec les vassaux de Palestine et de Syrie.

[17] Il s’agit du dieu Salem qui fut adoré par diverses tribus cananéennes. Pour les traditions bibliques, pourtant, Shalimu est présenté comme une ville ( Salem)  et non pas comme le nom d’un dieu.

[18] La stèle araméenne de Tel Dan érigée au début du 8ème s. av. JC, par le fils de Hazael, roi d’Aram-Damas, et qui a été trouvé en plusieurs morceaux et avec des parties manquantes, mentionne la victoire des Araméens sur Jorem, roi d’Israël et sur Achazia. Ce dernier est mentionné dans la partie où il manque un mot (son titre). Certains ont remplacé le mot manquant par le mot araméen MLK, puis ce mot est interprété par Roi, ainsi la phrase devient, Roi de la maison de David. Par contre, le mot araméen MLK , même si nous l’acceptons, peut être traduit aussi par « Chef » (Chef de la maison de David), ou responsable, ou propriétaire (Propriétaire de la maison de David) et même en arabe Cheikh (Cheikh de la maison ou de la tribu de david). D’ailleurs, comment est-il  possible d’appeler une petite localité de cette taille, habitée par un si petit nombre, un royaume ?

[19] Stèle de Mérenptah, 1207 av. JC, on trouve une traduction du texte sur : www.wikipedia.org . La traduction littérale du mot est ysriar en ajoutant l’image de dieu El, ce qui donne, quand on s’habitue au langage Isra.El

[20] El est le premier dieu cananéen, le père des dieux et des hommes.                                                    

[21] Finkelstein I. et Silberman N., La Bible dévoilée, éd. Gallimard folio, 2001, p. 161 et suivantes. Concernant l’origine, on y lit « la plupart des Israélites ne venaient pas de l’extérieur de Canaan ; ils étaient indigènes. Il n’y a pas eu d’exode de masse en provenance de l’Egypte. Le pays de Canaan n’a pas été conquis par la violence. La plupart de ceux qui ont constitué le premier noyau d’Israël étaient des gens du cru, ceux-là mêmes qui peuplaient les hautes terres durant les âges du Bronze et du Fer. Les premiers Israélites étaient – comble de l’ironie – d’origine cananéenne ! ». p. 187

[22] Idem, p. 249

[23] Idem. p. 321 et suivantes

[24] Idem, p 329-330. Le lecteur peut trouver aussi ce texte sur le net, La Tribu de Dan : www.wekipedia.org

[25] Il est intéressant de signaler que suite à la mort de Sargon II en 705 av. JC, le contrôle assyrien s’affaiblit, la nouvelle aristocratie profite de cette faiblesse pour fomenter une coalition anti-assyrienne, puis la révolte soutenue par l’Egypte, est déclarée.

[26] Pour humilier leurs ennemis vaincus, les Assyriens capturaient aussi leurs dieux et ils ne les rendaient qu’après que les vaincus aient accepté toutes leurs conditions.

[27] Nous rejetons l’idée, défendue principalement par les sionistes, selon laquelle il y aurait eu une prise de conscience nationaliste, qui aurait poussé les populations à réclamer l’indépendance, car le nationalisme est une étape qui correspond à un niveau de développement socio-culturel et économique très précis, très avancé par rapport à la situation que nous venons de voir.

[28] Pour plus de détail à ce sujet : voir Paul A., Et l’homme créa la Bible, éd. Bayard, Paris, 1997

 

Bibliographie sommaire:

Essais:

- Roux, G., Ancient Iraq, (plus de 12 éditions et plusieurs éditeurs), éd. George Allen & Unwin, London 1980,
- Saggs H., Everyday life in Babylonia & Assyria, éd. Batsford, London, 1965
- Postgate J.N, Early Mesopotamia, Society and Economy at the dawn of history, London, Routledge, 1995
- Caubet, A. et Pouysseguur P., L’Orient ancient, éd. Terrail, Paris, 1997
- Bottéro J., La plus vieille religion en Mésopotamie, Gallimard folio, 1998
- Bottéro J., Mésopotamie, l’écriture, la raison et les dieux, Gallimard folio, 1987
- Glassner J.J., La Mésopotamie, éd. Les Belles lettres, 2002
- Finkelstein, I. et Silberman N., La Bible dévoilée, Gallimard folio, 2001
- Paul A., Et l’homme créa la Bible, éd. Bayard, Paris 1997
- Boyer P., Et l’homme créa les dieux, folio, éd. Robert Laffont, Paris, 2001
- Desroches Noblecourt C., Le fabuleux héritage de l’Egypte, éd. Pocket, 2006
- Montel P., L’Egypte éternelle, éd. Marabout, Paris, 1970
- Amiet, Introduction à l’histoire de l’art de l’antiquité orientale, Ecole du Louvre, éd. Desclée De Brouwer, 1979

Atlas et Dictionnaires :

- Roaf M., Atlas de la Mésopotamie et du Proche-Orient Ancien, éd. Brepolis, 1991
- Vernus P. et Voyotte J., Dictionnaire des pharaons, éd. Perrin, 2004
- Leroi-Gourhan A., Dictionnaire de la préhistoire, éd. PUF, 1988
- Leclant J., sous direction, Dictionnaire de l’antiquité, éd. PUF, 2005

Magazines ou Revues spécialisés :

- Le monde de la Bible : La Bible est née à Babylone sep-oct 2004, Naissance de la Bible, hors série, printemps 2006
- Les cahiers de science & vie : Les peuples de la Bible, oct. 2005
- Historia : La Bible, fév. 2005